Le constat est glaçant : 72 % des jeunes réfugiées rohingya dans les camps n’ont pas accès à l’éducation et 1 sur 5 a été mariée de force. Après son étude Adolescentes en danger : Les voix du Soudan du Sud, publié en juin 2018, l’ONG Plan International renouvelle son engagement à écouter et à porter la voix des filles en situation de crise humanitaire. 

Le constat est glaçant : 72 % des jeunes réfugiées rohingya dans les camps n’ont pas accès à l’éducation et 1 sur 5 a été mariée de force.

Les filles rohingya, en exil forcé au Bangladesh, à Cox’s Bazar, sont de nouveau au coeur du dernier rapport de Plan International, Adolescentes en danger, les voix des filles rohingya.

L’ONG Plan International place au coeur de sa stratégie d’urgence la voix des adolescentes victimes des conflits. Entre mars et avril 2018, 300 filles entre 10 et 19 ans ont été interrogées – 151 entre 10 et 14 ans, 149 entre 15 et 19 ans – au sein du camp de Balukhali à Cox’s Bazar, au Bangladesh (au sud-est, à la frontière avec la Birmanie). 

C’est le premier rapport au monde à centrer son analyse exclusivement autour des filles réfugiées rohingya. Elles y témoignent – anonymement – des conséquences de la crise humanitaire et des déplacements forcés de populations qu’elles subissent, ainsi que des difficultés qu’elles rencontrent au quotidien dans les camps.

Privées d’éducation et mariées de force 

Parmi toutes les filles interrogées, 72 % n’ont pas accès à l’éducation. Quel que soit leur âge, elles veulent pourtant apprendre. Et ce, en dépit des discriminations dont elles sont victimes : langue et culture étrangères, mariage précoce et forcé, confinement aux seules tâches domestiques dans leur tente de fortune… Une adolescente de 14 ans exhorte : « J’ai envie d’apprendre, mais je ne peux pas, on ne me laisse pas aller à l’école. » 

Pire, 1 fille sur 5 âgée de 13 à 15 ans a été donnée de force en mariage dans le camp de Balukhali. C’est 2,5 fois plus que les garçons. Conséquence : 16 % sont victimes de grossesses précoces. « Mes parents vont me forcer à me marier à un inconnu. Je n’ai pas le choix. Ils ne pouvaient pas le faire en Birmanie, mais ils peuvent le faire ici », rapporte une adolescente âgée d’à peine 17 ans. 

Enfermées dans leurs tentes

Plus de 75 % des filles rencontrées témoignent qu’elles n’ont aucun pouvoir de décision sur leurs vies, que ce soit au sein de leur famille ou à l’extérieur. Les filles et les adolescentes souffrent d’être constamment entravées dans leur quotidien : pas d’accès aux toilettes, pas de possibilité de se rendre à l’école. Elles demeurent totalement isolées. « Je n’ai pas le droit de sortir de la tente. Je dois rester à l’intérieur, malgré cette chaleur étouffante. Je ne peux rien faire et ne peux parler à personne. C’est pire que tout », raconte une jeune fille de 18 ans.

Victimes de violences 

Pour le seul mois de juin 2018, on recense qu’une fille sur quatre, entre 10 et 14 ans, a été battue. 87 % de ces violences ont lieu au sein des familles. Les adolescentes décrivent le quotidien dans les camps, comme « hostile » et « dangereux » : elles sont frappées, violées et kidnappées le peu de fois où elles sortent de leur tente pour aller chercher des vivres. Une jeune fille de 17 ans se remémore : « Une de mes amies a été tuée par un des garçons du camp, après l’avoir violée. » Elles sont également forcées à se prostituer ou vendues comme esclaves.

L’accès à l’eau et aux toilettes est limité 

Environ 423 500 personnes restent dans l’incapacité d’accéder à l’eau potable et aux services de santé. Les toilettes, souvent éloignées et mal éclairées, sont propices au viol. L’hygiène y est catastrophique, avec des excréments qui jonchent le sol. Quant à l’eau potable, elle est rare. Et son accès ardu.

« Ici, la température est abominable. Je dois aller chercher de l’eau tout en haut de la colline, il y en a très peu pour tout le monde. Il est très dur de se doucher. Généralement, j’y vais la nuit, mais j’ai peur des hommes dehors », témoigne une jeune adolescente âgée de 14 ans.

Avec l’arrivée de la mousson, les pluies menacent de détruire les installations déjà fragiles et de provoquer une contamination de l’eau à grande échelle.

Famine 

Si elles perçoivent une amélioration dans la qualité et la quantité des vivres distribuées dans les camps, les filles rapportent toutefois « ne pas manger à leur faim ». Une jeune de 13 ans explique : « J’ai beaucoup souffert de la faim les premiers jours. Mes parents n’ont ni travail ni d’argent. On ne peut rien acheter à manger. Mes jeunes frères et soeurs sont trop petits pour comprendre et pleurent sans arrêt à cause de la famine. » Une famine qui a des conséquences immédiates sur leur santé, d’autant plus pour les adolescentes enceintes. 

Des vies en danger 

Au cours de l’année 2018, près d’une fille sur 3 (28 %) a été souffrante ou grièvement blessée. Les camps surpeuplés donnent lieu à des épidémies massives. Les services de santé nécessitent souvent des transports coûteux. « C’est très dur quand on est malade, on nous donne du paracétamol pour toutes les maladies. On ne guérit pas », témoigne une jeune adolescente de 12 ans. 

La plupart d’entre elles reconnaissent manquer d’informations sur la santé sexuelle et reproductive. Elles ne se sentent de surcroît pas accompagnées psychologiquement, malgré leurs traumatismes sévères. Elles ont toutes vu des horreurs qu’elles ne pourront pas oublier de sitôt. « Je me sens plus en sécurité dans les camps qu’en Birmanie. J’ai vu l’armée couper des gens en morceaux à Rakhine », se rappelle une jeune de 12 ans. Dans les camps, on estime qu’une fille sur deux a perdu au moins un parent. Et près d’un quart (24 %) de celles interrogées se retrouve aujourd’hui orpheline.

Sur le terrain, Plan International se mobilise pour améliorer l’accès de la population à l’éducation, à la santé, à la protection et à la sécurité économique :

Les dangers imminents de la mousson : inondations, destructions et épidémies

Avec l’arrivée de la mousson, tous les camps de réfugiés risquent d’être fortement inondés. Sans compter les glissements de terrain et les destructions des tentes et des latrines. Pire encore, on craint un empoisonnement de l’eau et la diffusion de maladies comme la diphtérie, dont des milliers de cas ont déjà été recensés à Cox’s Bazar. 

Trop jeunes pour être écoutées et respectées, mais trop âgées pour être protégées comme des enfants, les adolescentes restent les plus vulnérables face aux violences des conflits et des déplacements forcés de populations.
À Cox’s Bazar au Bangladesh, un million de réfugiés se regroupent dans des camps surpeuplés, dont 52 % de filles et de femmes.
En Birmanie, la minorité musulmane rohingya subit les violences acharnées de l’armée birmane depuis plus de 35 ans. Des violences qui ont explosé depuis août 2017 dans la région de Rakhine, au nord du pays, près de la frontière avec le Bangladesh. « Tout était en feu autour de nous. L’armée 

La situation en Birmanie 

En Birmanie, les Rohingya qui n’ont pas traversé la frontière se retrouvent acculés dans les régions du nord, entre Rakhine, Kachin et Shan. 

Plan International intervient dans 52 camps de réfugiés au nord du pays pour plus de 9 953 familles de réfugiés. 

Kachin et Shan : Les affrontements entre l’armée pour l’indépendance du Kachin (KIA) et l’armée birmane ont repris depuis février 2018 et se sont intensifiés depuis avril 2018. 

Rakhine : Une tempête tropicale a provoqué des glissements de terrain importants dans la région entre le 29 et la 30 mai 2018. Au moins 12 personnes ont trouvé la mort et plus de 200 000 réfugiés restent très vulnérables face aux dangers de la mousson (glissements de terrain et inondations). 54 559 familles sont sévèrement touchées par les inondations de la mousson et 43 sources d’eau potables ont été inondées en juillet 2018. Plus de 140 000 réfugiés dans la région sont forcés de vivre dans des camps insalubres depuis plus de 6 ans.

Les adolescentes restent les plus vulnérables face aux dangers liés aux crises humanitaires : kidnapping, violences et abus sexuels, esclavage, déscolarisation massive… En situation de crise, les filles sont 2,5 plus à risque d’être déscolarisées que les garçons. Partout dans le monde, elles veulent faire entendre leur voix et leurs revendications ! Plan International les soutient.

Contact médias (données, photographies, interviews des équipes sur place…)
Julien Beauhaire / 01 84 87 03 52 / julien.beauhaire@plan-international.org

Lire le communiqué de presse.

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