Elles sont aujourd’hui 230 millions à vivre avec une forme de mutilation génitale féminine (MGF). Au rythme actuel, 22,7 millions de filles supplémentaires pourraient être victimes de MGF d’ici 2030 si rien n’est fait. Tour d’horizon des idées reçues sur les MGF.
1. « L’excision protège les filles »
Dans de nombreuses communautés, les filles non excisées sont encore victimes de pressions sociales, parfois stigmatisées au nom de la tradition, de l’honneur familial ou du mariage. Cette pression, souvent exercée par l’ensemble de la communauté — y compris des femmes — renforce un système de normes sociales profondément ancré.
Pourtant, aucune mutilation ne protège une fille. Elles mettent en danger sa santé, ses droits, son éducation et son avenir.
2. « C’est une pratique bénéfique pour les filles »
Les MGF sont parfois perçues comme un rite de passage, une étape vers l’âge adulte ou une condition au mariage. Dans certains contextes, elles sont associées à la pureté, à la respectabilité ou à l’honneur.
En réalité, ces croyances n’ont aucun fondement médical. Les MGF provoquent des douleurs extrêmes, des infections, des complications lors des règles, des rapports sexuels et des accouchements, ainsi que de profondes conséquences psychologiques. Elles renforcent de surcroît les inégalités de genre déjà très marquées.
3. « L’excision ne concerne que l’Afrique »
Bien que l’on associe souvent les mutilations génitales féminines au continent africain, cette idée reçue ne reflète pas la réalité. L’Afrique est effectivement la région la plus touchée, avec plus de 144 millions de filles et de femmes mutilées, mais elle n’est pas la seule concernée. L’Asie compte plus de 80 millions de victimes et le Moyen-Orient environ 6 millions. Les MGF sont donc un phénomène mondial, présent sur plusieurs continents et dans des contextes culturels très différents.
4. « Seuls les pays en développement sont concernés »
Les MGF persistent aussi en Europe, principalement au sein de communautés originaires de pays où ces normes sociales restent fortes. On estime qu’environ 5 % des femmes ayant subi des mutilations génitales vivent en Europe, dont près de 53 000 en France. Dans ce pays, les mutilations génitales féminines commises sur des mineures de moins de 15 ans constituent des crimes passibles de 15 à 20 ans de réclusion criminelle.
Le phénomène n’est pas nouveau : plusieurs pays occidentaux ont eux-mêmes pratiqué des ablations génitales jusqu’au début du XXe siècle pour des raisons médicales aujourd’hui reconnues comme abusives.
5. « Cela ne touche que les adolescentes »
Les MGF peuvent être pratiquées à n’importe quel âge : de la naissance à l’adolescence, selon les communautés. Dans certains pays, les filles mutilées l’ont été avant 5 ans, parfois dès les premiers jours de vie, ce qui empêche toute possibilité de consentement ou de sensibilisation.
Chaque année, des millions de très jeunes filles en subissent encore les conséquences.
6. « Seuls les pays musulmans sont concernés »
Les MGF ne sont prescrites par aucune religion. Des pays majoritairement musulmans n’y recourent pas du tout, tandis que d’autres non-musulmans les pratiquent depuis des siècles. Les MGF relèvent de normes sociales anciennes, bien antérieures aux religions monothéistes.
7. « Les hommes sont étrangers à ce phénomène »
Les hommes peuvent jouer des rôles très différents : certains perpétuent la norme sociale en refusant d’épouser une femme non excisée, tandis que beaucoup d’autres s’y opposent fermement.
Dans plusieurs pays, une majorité d’hommes se déclare aujourd’hui favorable à l’abandon des MGF. Leur mobilisation, aux côtés des femmes et des leaders communautaires, est essentielle pour faire évoluer les normes sociales.
8. « La situation empire »
Contrairement à l’idée selon laquelle la situation ne ferait qu’empirer, les données montrent des progrès réels : depuis 1990, la probabilité pour une fille d’être soumise à une mutilation génitale a été divisée par trois. Mais cette avancée ne doit pas masquer l’ampleur du problème. Les MGF restent pratiquées dans une trentaine de pays et, chaque année, environ 4 millions de filles sont encore exposées à ce risque. L’augmentation des conflits et des crises humanitaires peuvent également conduire à une hausse des MGF.
9. « La communauté internationale n’intervient pas sur le sujet »
La communauté internationale se mobilise afin de lutter contre ces pratiques dégradantes
Depuis les années 2000, la mobilisation internationale s’intensifie. En 2006, la Journée internationale de tolérance zéro envers les MGF est instaurée pour sensibiliser le grand public. En 2012, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution historique appelant à l’élimination mondiale de ces pratiques. Les MGF sont également intégrées à l’Objectif de développement durable n°5 sur l’égalité de genre. Aujourd’hui, des centaines d’organisations — dont Plan International — travaillent aux côtés des communautés pour transformer les normes sociales qui perpétuent les MGF.
10. « Le clitoris est un organe maudit »
Certaines croyances associent encore le clitoris à l’impureté, au malheur ou à des risques imaginaires lors des relations sexuelles ou de l’accouchement.
Ces idées n’ont aucun fondement scientifique. Elles relèvent de mythes anciens, transmis de génération en génération. Pourtant, dans de nombreuses communautés, des femmes et des hommes — comme l’activiste malienne Madina Bokoum Daff, engagée auprès de Plan International — déconstruisent ces superstitions et militent pour une meilleure connaissance du corps et des droits sexuels et reproductifs.
