Les mutilations génitales féminines sont un phénomène mondial qui touche au moins 230 millions de filles et de femmes. Elles ont de lourdes conséquences sur la vie de celles qui les subissent. En quoi consistent les MGF ? Comment les expliquer ? Où en est-on aujourd’hui ? Faisons le point. 

La définition des MGF

Les mutilations génitales féminines désignent l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins extérieurs ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui n’ont pas de raison médicale. On parle aussi d’excision. Les MGF peuvent concerner l’ablation du capuchon du clitoris, l’ablation totale du clitoris, l’excision des petites lèvres de la vulve et l’ablation des tissus adjacents du clitoris ou la suture de l’orifice vaginal. 

L’OMS distingue 4 types de mutilations génitales féminines :

La clitoridectomie :

ablation partielle ou totale du clitoris.

L’excision :

ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans ablation des grandes lèvres.

L’infibulation :

rétrécissement de l’orifice vaginal par ablation et accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans ablation du clitoris.

Les formes non classées de mutilation sexuelles féminines :

toute autre intervention nocive ou potentiellement nocive pratiquée sur les organes sexuels féminins à des fins non thérapeutiques.

Parmi les autres formes de mutilations pas encore reconnues comme MGF par l’OMS, le repassage des seins est moins documenté mais pas moins terrible. C’est une pratique traditionnelle et dangereuse qui consiste à aplatir les seins des jeunes filles. Diverses méthodes peuvent être utilisées, telles que l’utilisation de pierres chauffées pressées contre la poitrine, de bandages serrés comprimant les seins, ou encore de massages réguliers à base de plantes ou herbes.

Toutes ces pratiques n’ont aucun bénéfice pour les femmes et les filles qui les subissent. Elles constituent une forme extrême de violence sexiste et sexuelle dont les conséquences à court, moyen et long terme sont très graves. Elles constituent une violation des droits fondamentaux des filles et des femmes et de leur intégrité physique et morale. 

Les MGF entraînent une violation de plusieurs droits humains : 

Quelles sont les conséquences des mutilations génitales sur la vie des femmes ?

Tous les témoignages des femmes qui ont subi une mutilation génitale font part d’une souffrance indescriptible, même lorsqu’elles y étaient « préparées ». Elles ont toutes dû rester alitées plusieurs jours après la mutilation et parlent d’un traumatisme dont on ne se remet pas. Les zones mutilées sont en effet très innervées et donc très sensibles. Ces douleurs peuvent durer toute la vie. Certaines des femmes qui témoignent des années après leur excision confient avoir des difficultés pour s’assoir et ressentir des douleurs persistantes, notamment à cause des cicatrices et des infections qui sont fréquentes. 

Par ailleurs, la détresse psychologique de ces femmes est immense tant la mutilation génitale peut provoquer un état de choc violent. 

Sur le plan gynécologique, les mutilations peuvent entraîner des problèmes vaginaux, menstruels et sexuels. Elles peuvent augmenter les risques de complication sérieuse à l’accouchement, et ce, à chaque grossesse. En ce qui concerne le repassage des seins, de nombreuses survivantes rapportent des écoulements anormaux et des difficultés à allaiter. Le repassage des seins pourrait également augmenter le risque de cancer du sein. 

Les conséquences sur la vie sexuelle sont également nombreuses. Les MGF provoquent des douleurs au moment de l’acte et entraînent une diminution, voire une disparition du plaisir. Les traumatismes physiques et psychologiques provoqués par les mutilations ont un impact important sur la vie sexuelle de la victime. 

Les victimes de MGF peuvent aussi rencontrer des problèmes urinaires, pouvant provoquer des infections. 

Les MGF ont aussi de lourdes conséquences sociales. Elles compromettent l’avenir des filles, peuvent entraîner leur déscolarisation et augmentent les risques de mariage d’enfants et de grossesses précoces. Elles contribuent également à renforcer la pauvreté.

Aujourd’hui, la chirurgie reconstructive permet de réparer le vagin et le clitoris des femmes mutilées. Cette opération permet de soulager durablement la douleur des patientes. Si cette avancée médicale est très importante, cela n’enlève rien au fait qu’il faut éliminer toutes les formes de MGF dans le monde. 

L’histoire des MGF

Si leurs origines est inconnue, on sait que les mutilations génitales sont pratiquées depuis des millénaires. On en trouve des traces dans l’Égypte ancienne, sur des hiéroglyphes et sur certaines momies. 

Les MGF relèvent de traditions ancestrales. D’après plusieurs chercheur.euses en sciences sociales, l’excision se pratiquait d’abord dans les classes supérieures de la société pharaonique. Les personnes issues de milieux plus modestes auraient à leur tour adopté cette pratique dans la perspective de marier leurs filles à des hommes plus aisés. Cette coutume se serait ensuite développée en Afrique, où elle a été reprise par plusieurs groupes ethniques avant de devenir une tradition. 

Les MGF étaient aussi pratiquées en Europe de l’Ouest et aux États-Unis au XIXe siècle. Même chose pendant la première moitié du XXe siècle, où elle a été pratiquée soi-disant pour traiter l’hystérie des femmes, l’épilepsie, les troubles mentaux, l’homosexualité ou encore les « ardeurs sexuelles » des femmes. La clitoridectomie y a été abandonnée à la fin des années 60. 

Contrairement à certaines idées reçues, les MGF n’ont pas de lien direct avec les religions monothéistes. Aucun texte religieux ne l’impose aux femmes. D’ailleurs, plusieurs pays musulman, comme l’Algérie, La Libye, la Tunisie et le Maroc, sont très peu touchés par ce phénomène. 

Si la pratique varient selon les ethnies, celles-ci constituent souvent un rituel traditionnel de passage à l’âge adulte pour les filles. Elles permettent ainsi de préserver l’honneur familial et/ou d’assurer le mariage. Elles peuvent aussi être pratiquées pour empêcher les femmes d’avoir une vie sexuelle. 

La plupart des victimes de MGF les subissent entre leurs 5 et leurs 15 ans. Mais aussi parfois dans leur 1e année, voire dès la première semaine suivant leur naissance.

Les MGF, un moyen de contrôle des femmes et de leur sexualité

Si certains hommes refusent d’épouser des femmes non excisées, ce n’est pas uniquement pour un motif culturel ou pour perpétuer une tradition. Les MGF sont avant tout un moyen pour les hommes de contrôler la sexualité des femmes. C’est l’expression d’une société patriarcale dans laquelle il est naturel tout mettre en œuvre pour préserver la « chasteté » des femmes par inhibition de leur désir sexuel.

Ainsi, selon ses adeptes, le repassage des seins est censé protéger les filles contre les agressions sexuelles, les grossesses et les mariages précoces. Alors que les témoignages recueillis montrent que cette pratique est souvent inefficace pour décourager l’activité sexuelle des adolescentes ou même retarder la croissance de leurs seins.

Les croyances et les superstitions ancrées dans certaines communautés, la pression sociale exercée sur les familles, le manque d’informations sur les dangers des MGF, ainsi que le tabou et les amalgames infondés avec la religion musulmane, font de cette pratique l’une des violences de genre les plus difficiles à éradiquer.

Les MGF en chiffres

230 millions

de filles et de femmes ont été excisées dans le monde.

Le continent africain demeure le plus touché, avec plus de 144 millions de filles et de femmes concernées, suivi par l’Asie (plus de 80 millions) et le Moyen-Orient (6 millions).

En ce qui concerne le repassage des seins, les données chiffrées sont rares. En 2017, le gouvernement camerounais estimait qu’une adolescente sur 4 avait subi un repassage des seins. Les données et témoignages récoltés par les jeunes de Plan International Cameroun semblent montrer que la situation n’a guère évolué depuis. Cette pratique demeure également dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, tels que le Nigéria, la Guinée, le Togo et le Bénin. 

24 des pays d’Afrique ont légiféré pour interdire et condamner pénalement les MGF. C’est le cas du Soudan, de Djibouti, du Ghana, de la Centrafrique, du Burkina Faso, de l’Égypte, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Togo, de la Tanzanie, du Tchad, de la Guinée-Conakry, du Bénin, du Niger, de l’Éthiopie, de la Mauritanie, de l’Ouganda, du Kenya, de la Guinée-Bissau, du Nigeria, de la Gambie, du Cameroun et de la Somalie. 

Cela n’a malheureusement pas éradiqué les MGF. Si on prend le cas de la Côte d’Ivoire en exemple, le taux de femmes ayant subi des mutilations sexuelles reste de 37 % en 2023. 

On estime que 5% des femmes mutilées vivent en Europe, dont environ 53 000 en France.

Depuis 1990, la probabilité qu’une fille subisse des mutilations génitales a été divisée par trois. Cependant, les MGF restent courants dans une trentaine de pays à travers le monde, et on estime que, chaque année, 4 millions de filles restent exposées à ce risque. En 2025, près de 4,4 millions de filles (soit 12 200/jour) sont menacées de MGF dans le monde.

Pour finir cette liste de chiffres-clés par un motif d’optimisme, près de 400 millions de personnes — soit les deux tiers de la population vivant dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient où les MGF sont pratiquées — déclarent vouloir y mettre fin.

Le combat contre les MGF passe notamment par l’accès à l’éducation de toutes et tous. La possibilité pour les filles d’aller à l’école dans de bonnes conditions leur permettrait de connaître les dangers liés aux MGF. Cet accès à une information fiable présente plusieurs avantages : les filles pourraient mieux lutter contre cette pratique et interdire à quiconque de l’imposer à leurs propres filles. L’éradication de ce phénomène passe aussi par l’évolution de la place des femmes dans la société. Mais il faut aussi faire changer les opinions des hommes sur cette pratique ancestrale. Les actions doivent donc se faire au niveau des citoyens et des citoyennes, mais aussi des chefs de communautés, des chefs religieux et des gouvernements. Toute la société doit se mobiliser. 

Les actions de Plan International pour lutter contre l’excision 

Plan International se mobilise pour lutter contre cette violation des droits des filles et des femmes.

Plan International mène des programmes aux côtés des communautés visant à les sensibiliser aux dangers de cette pratique. Un travail de plaidoyer est également conduit auprès des gouvernements afin de faire évoluer la loi. Objectif: faire en sorte que les gouvernements interdisent cette pratique et qu’ils mettent en place des réformes visant à favoriser son abandon.

Il est urgent d’éradiquer cette pratique traditionnelle néfaste qui prive les filles et les femmes de leur droit à être protégées des violences et à disposer librement de leur corps !

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