Aux Philippines et au Vietnam, des dizaines de milliers de jeunes femmes doivent quitter leurs villages à la campagne, faute d’emploi, pour aller faire des études et trouver un travail en ville, avec l’espoir d’une vie meilleure. Pourtant, seules et vulnérables, elles sont discriminées, exclues ou rejetées pour ce choix.

L’espoir incertain d’une vie meilleure

Pour les jeunes femmes, l’idéal d’une opportunité d’emploi et de meilleures conditions de vie, souvent, ne dure pas : au Vietnam comme aux Philippines, elles ont tendance à se trouver confinées dans des industries de production de masse, avec un salaire bas à la clé, et des postes sans responsabilités qu’on ne donne qu’aux femmes. Les conditions de travail y sont médiocres, et les migrantes endossent de longues journées de travail exténuantes, luttant pour gagner suffisamment d’argent pour supporter le coût élevé de la vie en ville et envoyer de l’argent à leurs familles.

« Mon employeuse me privait de nourriture. Je ne mangeais que deux fois par jour. Elle ne me donnait que des demi-portions. Elle avait une mauvaise opinion des servantes, et nous maltraitait. Après un séjour à l’hôpital, elle m’a forcée à travailler à nouveau, déjà au bout de deux semaines. Je tremblais ! 

J’ai dû m’enfuir de cette maison. Il n’y avait personne pour m’aider. Je n’avais aucun contrat écrit, seulement une entente verbale. » confie une ancienne travailleuse domestique de  Quezon City

Devoir migrer pour le travail est discriminant pour les jeunes femmes, notamment au Vietnam, où il est très mal vu qu’une femme aille vivre ailleurs seule, ou voyage seule : 

« Si une fille quitte cette région, travaille ailleurs et revient, une rumeur se répandra dans la communauté disant qu’elle a peut-être travaillé comme prostituée, et personne ne voudra plus l’épouser. C’est un préjugé social qui fait peur aux filles, et qui les empêche de partir » témoigne un groupe de jeunes de Thai Nguyen

Expliquer les migrations 

Près de 3 millions de Philippins ont changé leur lieu de résidence au cours de ces 5 dernières années, soit 3,3 % de la population totale (ONU, 2013). Les migrations sont bien plus fortes au Vietnam, avec une prévalence estimée à 17,3 % de la population âgée de 15-59 ans. Les jeunes femmes constituent la majorité de la population migrante dans les deux pays, et elles ont tendance à migrer à un âge plus jeune que les hommes, vers 25 ans.

Ces migrations internes sont caractérisées par des déplacements des zones rurales vers les grands centres urbains : au Vietnam, les migrantes internes se déplacent vers les plus grandes villes, Hô-Chi-Minh Ville et Hanoï. Au Philippines, plus de 60 % des migrantes internes vivent dans le Grand Manille.

Il y a une forte ambivalence entre les facteurs qui poussent les jeunes à migrer et les obstacles qui les en empêchent.

Les facteurs d’incitation à migrer : 

« Avec le déclin de l’agriculture la ville devient plus attrayante, de sorte que le flux migratoire va vers la ville – tout ce que vous faites à la ville est meilleur que dans votre village parce qu’à la ville, vous pouvez gagner au moins 2-3 dollars par jour. Cela nécessiterait une semaine ou un mois à la campagne. Voilà pourquoi elle est en hausse. » confie une jeune femme dans la région d’Hanoï.

Les obstacles à la migration : 

 L’envers du décor des migrations pour les femmes

Dans le rapport, des jeunes femmes migrantes entre 16 et 30 ans témoignent et mettent en lumière leurs conditions de vie difficiles : en plus des inégalités, de l’exclusion et des injustices fondées sur le genre, ces jeunes migrantes doivent jongler entre leurs études, leur carrière professionnelle, leur mariage, leurs enfants et une famille à entretenir.

Les raisons de leur départ sont différentes de celles des hommes : la migration en vue du mariage (21 %) est la deuxième raison d’aller vivre en ville. A l’inverse, fuir des abus perpétrés par un mari ou éviter la pression des mariages précoces et forcés sont révélés comme autant de facteurs négatifs qui incitent les femmes et les filles à migrer. 

« Dans certaines familles, il y a de vrais problèmes – le mari maltraite la femme et au bout d’un moment elle ne peut plus le supporter et fuit vers la Chine. » témoigne une jeune femme de la province de Ha Giang au Vietnam.

« Je me suis séparée de mon mari dans la province. Ma mère m’a envoyée à Manille pour vivre avec ma sœur. Elle voulait que je vienne à la ville pour échapper à mon mari. Il était violent et me battait », dit une jeune femme à Malabon, Manille aux Philippines.

Les stéréotypes de genre ont aussi une forte influence sur le départ des jeunes femmes. Aux Philippines, les filles sont considérées comme bien plus travailleuses que les garçons : 

« Quand les hommes sont paresseux, les femmes doivent aller chercher du travail ailleurs. Cela arrive souvent. Les hommes s’impliquent dans la drogue et puis il incombe aux femmes de gagner des revenus. »

Elles sont également perçues comme étant plus « maniables », une idée qui peut être comprise en lien avec une norme qui exige que les femmes soient plus dociles au travail, soumises à l’autorité, patientes et prêtes à faire des sacrifices. 

Pour plus d’informations sur les migrations des jeunes femmes en Asie  

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