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Dans la province du Nord de la Sierra Leone, plus de 96 % des filles sont excisées. Cette pratique fait partie d’un rituel traditionnel de passage à l’âge adulte pour les filles âgées à peine d’une quinzaine d’années. Marie, Debora et Isatu, des adolescentes de la province, racontent leur parcours de militante.

Des parcours différents mais édifiants

Marie, 15 ans

Marie a refusé d’être excisée et de recommander l’excision aux filles de la communauté comme le faisait sa mère. Elle est devenue activiste et a rejoint un groupe anti-excision dans son école. Elle mène également des campagnes dans sa communauté sur les grossesses précoces, le mariage forcé et l’importance de l’éducation des filles. Son militantisme a eu un réel impact sur sa mère qui n’a pas pratiqué de mutilations génitales féminines depuis plus de deux ans.

En Sierra Leone, les femmes ont longtemps été désavantagées car seuls les garçons étaient envoyés à l’école. « On attendait des filles qu’elles restent à la maison pour aider aux tâches ménagères, puis qu’elles se marient. C’est ce qui est arrivé à ma mère et une fois mariée, elle est devenue une Sowei – membre d’une société exclusivement féminine pratiquant l’excision sur les jeunes filles », explique Marie. 
Marie n’avait pas conscience des effets négatifs de l’excision avant d’aller à l’école. « Avant cela, je pensais que c’était normal. Le jour où j’ai dit à ma mère que je ne voulais pas être excisée, j’ai eu de la chance car elle a soutenu ma décision. Ces dernières années, de nombreux événements ont eu lieu dans notre communauté pour aider les Soweis à prendre conscience du mal qu’elles faisaient. »

C’est un sentiment formidable de savoir que je contribue à faire la différence.

Marie est dorénavant référente dans son école depuis plus d’un an et aime son travail de sensibilisation. La jeune activiste sensibilise également son père et les plus jeunes enfants de la communauté. « Auparavant, c’étaient les gens des grandes villes comme Kabala qui venaient dans notre village pour nous parler de l’excision alors qu’aujourd’hui, c’est nous les filles, qui prenons les devants et s’exprimons en public. Les mentalités commencent à changer. », s’enthousiasme-t-elle. 

Debora, 26 ans

Debora s’est enfuie de chez elle à l’âge de 12 ans lorsque sa famille a essayé de la forcer à être excisée. Elle est militante depuis 10 ans et effectue un travail de proximité pour sensibiliser les filles aux dangers des mutilations génitales féminines. Son rêve est de devenir avocate spécialisée dans les droits humains afin de pouvoir se battre pour les droits des enfants et protéger les filles de l’excision.

« Dans ma famille, il y a beaucoup de Soweis. Ma grand-mère, ma tante et d’autres membres de ma famille pratiquent l’excision. Elles s’attendaient donc à ce que je fasse de même. Je suis la seule fille de ma fratrie – nous sommes huit au total – et j’ai donc subi une forte pression », explique-t-elle. 

Debora a donc pris la décision de s’enfuir. « Les choses n’ont pas été faciles. Je suis allée dans un refuge loin de chez moi et, bien que j’aie parlé à ma mère de là-bas, elle n’a pas voulu comprendre mon point de vue et a refusé de s’occuper de moi. Je suis donc restée dans ce refuge jusqu’à ce que je termine mes études ». 

Tout au long de sa scolarité, elle a remarqué que beaucoup de filles avaient honte de parler de ce sujet car elles pouvaient recevoir des menaces. « Je l’ai moi-même vécu. Les gens me disaient que j’étais sale et que si je ne subissais pas de mutilations génitales féminines, je serais une fille ‘‘légère’’. Heureusement, j’avais en moi la confiance et le courage nécessaires pour résister à ce genre de commentaires », raconte-t-elle. 

Je me battrai toujours pour les droits des enfants et je continuerai à sensibiliser jusqu’à ce que je voie les choses changer.

Debora veut ainsi contribuer au changement des mentalités. « En Sierra Leone, nous avons désespérément besoin d’abolir cette pratique. Si nous ne parvenons pas à aller dans les villages et à faire évoluer ces points de vue, davantage de filles seront victimes de l’excision », explique-t-elle.

« Nous sommes au 21e siècle. Le changement progresse chaque jour. Les enfants ont le droit d’être écoutés et les parents devraient particulièrement écouter leurs filles ». 

Isatu, 15 ans

Isatu a été excisée à l’âge de 10 ans, puis forcée par sa tante à devenir une Sowei l’année suivante. À ses 13 ans, elle est forcée à se marier et peu après, devient mère. Il y a deux ans, elle est devenue militante contre les mutilations génitales féminines. Elle s’efforce maintenant de persuader d’autres Soweis de son âge de faire de même.

« Le jour de mon excision, il y a eu une grande fête. Dans notre communauté, quand une fille est excisée, les gens font la fête parce qu’ils disent que tu es devenue propre, que tu as appris beaucoup de choses sur le foyer et que tu n’es plus la même petite fille qu’avant », explique-t-elle.

L’année après son excision, Isatu a été forcée par sa famille à devenir une véritable Sowei en recommandant l’excision aux autres filles. « Je savais que l’excision posait beaucoup de problèmes et surtout que la mort était un risque. C’est pour cela que je n’ai jamais voulu le faire. Mais on m’a forcé ».

Aujourd’hui, quand Isatu rencontre d’autres Soweis de son âge, elle leur parle des effets négatifs des mutilations génitales féminines et partage ce qu’elle a appris lors des sessions de formation auxquelles elle participait. « Certaines ont même arrêté grâce à moi. Je me sens heureuse et fière », s’enthousiasme-t-elle. 

Je n’aurais jamais imaginé pouvoir faire la différence et devenir militante. Je ressens un grand changement au fond de moi.

Isatu a une fille de deux ans et ne la laissera jamais être excisée ni être mariée contre son gré. « Si quelqu’un essayait de l’exciser, je le traînerais en justice. Je veux qu’elle puisse aller à l’école. Je ne veux pas que ma fille ait la même vie que moi et je ferai de mon mieux pour protéger toutes les filles de ma communauté. »

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