Après s’être vu refuser une éducation universitaire par sa famille, avoir enduré un mariage forcé à l’âge de 17 ans et avoir été contrainte de fuir loin de chez elle à l’arrivée de Boko Haram, Aishatu, 24 ans, est déterminée à se battre pour les droits des filles et les femmes, malgré la crise du Covid-19 qui a confiné une grande partie du Nigéria.

« La situation des femmes dans le nord-est du Nigéria est mauvaise, surtout parce qu’elles n’ont pas accès aux opportunités économiques qui leur permettraient de gagner leur vie. Avec le Covid-19, la situation s’est aggravée », explique Aishatu qui se présente d’abord comme une survivante de violences de genre.

6 femmes sur 10 ont déclaré avoir subi une ou plusieurs formes de violence dans le Nord-Est du Nigéria

Selon le Fond des Nations Unies pour la population (FNUAP), 6 femmes sur 10 ont déclaré avoir subi une ou plusieurs formes de violence de genre dans le Nord-Est du Nigéria, avec une augmentation de 7,7 % depuis le début du conflit avec Boko Haram. Sachant que ce taux est sans aucun doute inférieur à la réalité tant la peur de la stigmatisation et de la discrimination conduit à une sous-déclaration significative des cas.

Agir pour les  jeunes filles

Aishatu a rencontré Plan International dans le cadre de son travail bénévole contre les violences de genre. Elle a contribué, en septembre 2018, au lancement de la campagne #NoToTrafficking et s’est également impliquée dans la campagne Girls Get Equal. Depuis, elle a également participé à diverses sessions de formation. 

« Avec les connaissances et compétences que j’ai acquises lors des formations, je suis en mesure de venir en aide aux jeunes filles et de leur donner accès à ce à quoi elles ont droit », explique Aishatu. « Les jeunes filles que j’encadre s’identifient mieux à moi quand je leur dis que je suis une survivante de violences sexistes et que, comme elles, j’ai été déplacée à l’intérieur du pays. Beaucoup me demandent de les guider car elles disent admirer ce que je fais et voudraient suivre ma voie ». 

A cause du Covid-19, il faut agir par d’autres moyens

Depuis le début de l’épidémie, les activités d’Aishatu ont dû évoluer. Avant, elle et les autres bénévoles se rendaient dans les communautés pour rencontrer des femmes et des adolescentes, mais ce n’est plus possible aujourd’hui. Elles ont dû trouver d’autres moyens de relayer leurs messages. « Nous utilisons les médias sociaux et la radio pour partager les numéros d’assistance téléphonique qui leur permettront d’accéder aux soins et à l’aide nécessaire si elles sont confrontées à de la violence », explique-t-elle.

Plan International lui a aussi offert des opportunités de réseautage. « Je suis en rapport avec d’autres défenseuses passionnées. Ensemble, nous discutons des problèmes et trouvons des moyens pour aider les adolescentes et les femmes à refuser les violences de genre ».

« Grâce à Plan International, je suis maintenant invitée à participer à des débats où des décisions sont prises, et je peux ainsi défendre les droits des femmes et des filles que je représente ». 

Parce que j’ai agi, cette femme a obtenu un emploi

L’engagement d’Aishatu est connu et reconnu. Elle nous donne un exemple. Alors que le gouvernement local organisait des réunions auxquelles les femmes n’étaient pas invitées ou ne les informait pas des opportunités d’emploi, Aishatu a réalisé une publication sur les réseaux sociaux où elle critiquait le gouvernement pour ce manque de prise en compte des femmes. 

« Le message n’a pas reçu de mention J’aime ou de commentaires de la part des politiciens que j’ai tagué mais, à ma grande surprise, on m’a contactée pour me demander si je pouvais recommander une femme pour un emploi ». Et Aishatu a trouvé une candidate qualifiée par l’intermédiaire d’une collègue militante. « Cette femme n’aurait pas eu cette opportunité si je n’avais rien fait », dit Aishatu avec une certaine fierté. 

Aishatu, qui est étudiante de 3e année en communication de masse à l’Université de Maiduguri, est convaincue que personne ne devrait jamais se sentir opprimé à cause de son genre. Son message pour les filles et les femmes : « Faites entendre votre voix. Si vous êtes témoin d’une injustice, de violences ou d’abus, ne gardez jamais le silence ! »

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