Coût des protections périodiques trop élevé, pénuries, absence d’accès à l’eau, à des toilettes… Les obstacles liés à l’accès à la santé menstruelle s’accumulent en contexte de crises. Zoom sur les urgences humanitaires au Soudan et au Liban, qui illustrent combien la gestion des règles devient une source de risques pour les adolescentes et les femmes.

Avoir ses règles ne devrait jamais empêcher une fille d’aller à l’école, mettre sa santé en danger ou l’exposer à des violences sexuelles. Pourtant, dans les crises humanitaires, des millions de filles et de femmes n’ont pas d’accès suffisant à des protections périodiques, à de l’eau propre pour se laver, ainsi qu’à des espaces sécurisés pour se changer en toute intimité. Faute de protections menstruelles, elles mettent des tissus sales, des feuilles, des chiffons ou réutilisent des serviettes, malgré les risques que cela comportent pour leur santé physique (infections) et mentale.

Pour les Soudanaises, l’accès quasi-impossible à des produits menstruels

Au Soudan, où la guerre a provoqué l’une des plus graves crises humanitaires au monde, l’accès à la santé menstruelle relève du parcours du combattant pour les femmes et les adolescentes, en particulier pour les réfugiées. Au total, 65 % des personnes déplacées à l’intérieur du pays estiment que les produits menstruels sont devenus trop coûteux, d’après une étude publiée en octobre 2025 (anglais). A cela s’ajoutent des problèmes d’approvisionnement, les personnes déplacées déclarant ne pas trouver de protections menstruelles près de leurs lieux de vie, tandis que certaines rapportent ne pas avoir accès aux protections dont elles ont besoin au moment voulu à cause des pénuries.

Dans de nombreux camps soudanais, les installations sanitaires sont insuffisantes, inadaptées ou inexistantes, rendant extrêmement difficile la gestion des menstruations, selon une étude de genre menée au Kordofan, publiée en mars 2026 (anglais). Parmi les principaux problèmes identifiés, figurent l’absence de sanitaires séparés pour les femmes et les hommes, ainsi que l’absence de murs, de portes ou de verrous sur les toilettes. Cela oblige souvent les femmes et les adolescentes à parcourir de longues distances, notamment pour trouver un point d’eau, les exposant sur le chemin à des risques de violences sexuelles et d’agressions.

Au Liban, des besoins en santé menstruelle aggravés par la crise humanitaire

Au Liban, les bombardements, qui ont causé plus de 2 000 morts civils, dont des centaines d’enfants, et plus de 7000 blessés, plongent le pays dans une crise humanitaire. Face à l’urgence, les équipes de Plan International au Liban ont soutenu plus de 117 000 personnes, dont près de 88 000 femmes et filles. L’ONG distribue des milliers de kits de produits menstruels et intervient dans 109 centres d’hébergement collectifs accueillant des familles déplacées par les frappes. Dans ces espaces saturés, le manque d’intimité, l’accès limité à l’eau et l’insuffisance des infrastructures sanitaires compliquent fortement la gestion des règles.

Lorsqu’un conflit éclate, les besoins menstruels ne disparaissent pas

Ces 2 exemples rappellent à quel point, lorsqu’une guerre éclate, les besoins menstruels ne disparaissent pas, mais deviennent au contraire plus difficiles encore à gérer correctement et en toute sécurité. Cette précarité menstruelle a des conséquences directes sur l’éducation des filles. La peur des fuites, des moqueries, des humiliations ou le manque d’infrastructures sanitaires peuvent les pousser à abandonner l’école ou les espaces d’apprentissage temporaires, renforçant un peu plus leur isolement social et les tabous entourant les règles. L’accès à la santé menstruelle est donc bien une question de protection, tant la gestion des règles conditionne la santé, la sécurité et la capacité des filles à continuer à apprendre, à simplement vivre dignement.

Alors que les besoins humanitaires augmentent dans le monde, Plan International France appelle dans son rapport d’octobre 2025 à prioriser les besoins et droits spécifiques des filles et des adolescentes dans le cadre des réponses aux crises. Ce sont des mesures importantes pour contribuer à la réduction des inégalités filles-garçons.

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