Mariage forcé, mariage d’enfants et mariage précoce : quelles différences ?
Mariage forcé, mariage précoce ou mariage d’enfants : ces expressions sont parfois utilisées comme des synonymes. Pourtant, elles ne désignent pas exactement les mêmes situations. Pour comprendre leurs différences, deux critères doivent être examinés : l’âge des personnes concernées et leur capacité réelle à accepter ou refuser librement l’union.
Cette distinction est essentielle, alors que plus de 640 millions de filles et de femmes actuellement en vie ont été mariées pendant leur enfance.
À l’échelle mondiale, près d’une fille sur 5 est mariée avant ses 18 ans.
Comprendre rapidement les différences entre ces trois types de mariages
Mariage forcé
- Définition : c’est l’union de deux personnes dont l’une n’a pas donné son consentement libre et éclairé.
- Peut-on librement refuser ? Non.
- Une personne mineure est-elle concernée ? Pas nécessairement.
Mariage d’enfants
- Définition : il désigne l’ensemble des mariages forcés et précoces impliquant des enfants.
- Peut-on librement refuser ? Le consentement ne peut pas être considéré comme pleinement libre et éclairé.
- Une personne mineure est-elle concernée ? Oui.
Mariage précoce
- Définition : il désigne tout mariage impliquant un.e enfant de moins de 18 ans.
- Peut-on librement refuser ? Le consentement ne peut pas être considéré comme pleinement libre et éclairé.
- Une personne mineure est-elle concernée ? Oui.
Ces termes concernent aussi bien les mariages civils, religieux ou coutumiers que les unions informelles.
Dans la grande majorité des cas, ce sont des filles qui sont concernées, souvent mariées à des hommes plus âgés, parfois beaucoup plus âgés. Même dans les pays où la loi l’interdit, le mariage d’enfants reste une pratique courante.
Qu’est-ce qu’un mariage forcé ?
Un mariage forcé est tout mariage conclu sans le consentement libre et entier de l’une ou des deux personnes concernées, et/ou lorsque l’une d’elles est dans l’impossibilité de quitter ou de mettre fin au mariage, notamment en raison de contraintes, de menaces ou de fortes pressions familiales ou sociales.
Le mariage forcé peut concerner aussi bien des adultes que des enfants. Le refus de se marier peut entraîner des violences, des abus ou des représailles.
La contrainte n’est pas toujours physique. Elle peut prendre différentes formes, par exemple :
- Les menaces ou violences psychologiques,
- La pression psychologique,
- La confiscation de documents d’identité,
- La dépendance économique,
- La peur d’être rejeté·e par sa famille
En 2021, environ 22 millions de personnes vivaient dans une situation de mariage forcé dans le monde, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail, de l’Organisation internationale pour les migrations et de Walk Free.
Le mariage forcé peut concerner des personnes de tous âges, de tous genres, de toutes origines et de toutes religions. Les filles et les femmes sont cependant particulièrement touchées, en raison des inégalités de genre, de la pauvreté, des normes sociales et du contrôle exercé sur leur vie, leur corps et leur sexualité.
Pour mieux comprendre les facteurs qui entretiennent ces pratiques, découvrez les causes et conséquences du mariage forcé.
Qu’est-ce qu’un mariage d’enfants ?
Le mariage d’enfants désigne toute forme de mariage ou d’union dans laquelle au moins l’une des personnes concernées est âgée de moins de 18 ans ; un fléau qui touche des millions de filles chaque année dans le monde et a des conséquences durables et néfastes sur leur vie.
Bien que la très grande majorité des mariages d’enfants soient également des mariages forcés, il existe quelques rares exceptions. Il peut par exemple s’agir d’une adolescente plus âgée qui épouse volontairement un adolescent proche de son âge ou un homme plus âgé. Même dans ce cas, cette union demeure un mariage d’enfants, puisque l’une des personnes est âgée de moins de 18 ans.
Mais dans la majorité des cas, un mariage précoce constitue aussi un mariage forcé ; une enfant ne dispose généralement pas de toutes les conditions nécessaires pour consentir librement à une telle union. La plupart des filles mariées avant leurs 18 ans subissent, par ailleurs, de lourdes pressions sociales, familiales et économiques.
Le rapport 2025 de Plan International “Laissez-moi être une enfant, pas une épouse”, consacré au mariage d’enfants donne la parole à plus de 250 filles mariées ou vivant en union, ainsi qu’à 244 jeunes militant·es, dans 15 pays.
Parmi les filles interrogées :
- une fille sur quatre affirme n’avoir eu aucun mot à dire concernant son mariage ;
- une fille sur deux a épousé un homme ayant au moins cinq ans de plus qu’elle ;
- trois filles sur cinq ne font pas d’études, pas de formations ou n’ont pas d’emploi ;
- une fille sur dix déclare avoir subi des violences conjugales, un résultat que Plan International estime probablement sous-évalué.
La prévalence des mariages d’enfants montre que le chemin est encore long pour éradiquer les inégalités de genre qui privent les filles de leur choix d’avenir. C’est pour cela que Plan International se mobilise chaque année lors de la Journée Internationale des droits des filles, le 11 octobre, créée par l’ONU. Pour rejoindre le mouvement, découvrez la Journée Internationale des droits des filles dès aujourd’hui.
Des législations très différentes selon les pays
Le seuil de 18 ans constitue la norme défendue par les organismes internationaux de protection de l’enfance. Malgré tout, les législations nationales restent très variables.
Selon le rapport « Laissez-moi être une enfant, pas une épouse ” (2025) de Plan International, l’âge légal minimum du mariage pour les filles est inférieur à 18 ans dans 17 % des pays étudiés, soit 30 pays sur 178.
Parmi les 148 pays fixant officiellement l’âge minimum à 18 ans ou davantage, près de 75 % autorisent encore des exceptions.
Celles-ci peuvent notamment être accordées avec :
- l’autorisation des parents ;
- la décision d’un juge ;
- l’application de règles coutumières ou religieuses ;
- la grossesse de la jeune fille.
En Jordanie, par exemple, l’âge légal du mariage est fixé à 18 ans, mais un juge peut autoriser le mariage d’une adolescente dès l’âge de 15 ans.
À l’inverse, la Colombie a renforcé sa législation en 2024 en portant l’âge minimum du mariage à 18 ans sans exception.
Ces exemples montrent qu’il peut y avoir des différences entre l’âge prévu par la loi, les dérogations autorisées et l’application de la législation.
Quelles sont les conséquences des mariages forcés et des mariages d’enfants ?
La déscolarisation des filles
Le mariage augmente fortement le risque d’abandon scolaire. Les tâches domestiques, les grossesses, la garde des enfants et les pressions exercées par le mari ou la belle-famille empêchent de nombreuses filles de poursuivre leurs études.
Selon une analyse de l’UNICEF portant sur 67 pays, 87 % des filles âgées de 15 à 17 ans déjà mariées ou vivant en union ne sont plus scolarisées.
Selon l’UNICEF, permettre à toutes les filles d’aller jusqu’au secondaire, puis dans l’enseignement supérieur, pourrait fortement réduire les mariages d’enfants. L’organisation rappelle toutefois que d’autres facteurs, comme la pauvreté ou les normes sociales, influencent aussi ce phénomène.
Des risques importants pour la santé
Le mariage d’enfants peut être suivi d’une grossesse, alors que le corps et la santé mentale de l’adolescente ne sont pas toujours prêts.
Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les adolescentes âgées de 15 à 19 ans connaissent environ 21 millions de grossesses chaque année.
Environ la moitié de ces grossesses ne sont pas désirées et elles aboutissent à près de 12 millions de naissances. Ces données concernent l’ensemble des adolescentes, mais les filles mariées sont particulièrement exposées aux grossesses précoces et répétées.
Comment lutter contre les mariages précoces et forcés et les mariages d’enfants ?
Les 193 États membres des Nations unies se sont engagés à mettre fin au mariage d’enfants d’ici à 2030. Pourtant, si les gouvernements n’investissent pas davantage dans la lutte contre cette pratique, il faudrait encore près de 300 ans pour y mettre fin (Girls Not Brides, 2023).
Pour y parvenir, une mobilisation à plusieurs niveaux est indispensable.
- garantir l’accès des filles à une éducation de qualité
- fixer l’âge minimum du mariage à 18 ans, sans exception
- faire appliquer les lois existantes
- lutter contre la pauvreté et la dépendance économique
- enregistrer toutes les naissances
- sensibiliser les familles et les responsables communautaires
- proposer des services de santé et de protection accessibles
- soutenir les filles déjà mariées
- permettre aux filles de participer aux décisions qui concernent leur avenir
Ces actions sont au cœur des programmes humanitaires et de développement menés par Plan International dans plus de 80 pays pour protéger les filles, défendre leurs droits et lutter durablement contre les mariages d’enfants.
FAQ
Le mariage forcé est une union dans laquelle l’une des personnes n’a pas donné son consentement libre et éclairé. Le mariage d’enfants désigne toute forme de mariage ou d’union dans laquelle au moins l’une des personnes concernées est âgée de moins de 18 ans. Le mariage précoce désigne également tout mariage impliquant un·e enfant de moins de 18 ans.
La très grande majorité des mariages d’enfants sont également des mariages forcés, mais il existe quelques rares exceptions. Dans la majorité des cas, une enfant ne dispose pas de toutes les conditions nécessaires pour consentir librement à une telle union et les filles mariées avant leurs 18 ans subissent souvent de lourdes pressions sociales, familiales et économiques.
Les mariages d’enfants peuvent avoir des conséquences durables et néfastes sur la vie des filles. Ils augmentent notamment le risque d’abandon scolaire et exposent particulièrement les filles aux grossesses précoces et répétées.
La lutte contre ces pratiques passe notamment par l’accès des filles à une éducation de qualité, la fixation de l’âge minimum du mariage à 18 ans sans exception, l’application des lois existantes, la lutte contre la pauvreté et la dépendance économique, la sensibilisation des familles et des responsables communautaires et la participation des filles aux décisions qui concernent leur avenir.
Non. Les garçons peuvent également être concernés. Toutefois, les filles sont de loin les plus touchées à l’échelle mondiale en raison des inégalités entre les sexes, de la pauvreté et des normes sociales qui limitent leur autonomie.