Lancé au Bénin en juillet 2023, avec le financement de l’Agence Française du Développement (AFD), le projet ALFA a pour objectif d’accompagner les enfants et les jeunes de 9 à 24 ans non scolarisé·es ou déscolarisé·es en situation de vulnérabilité pour garantir une éducation inclusive et une formation professionnelle de qualité.
À l’occasion du lancement de sa 2e phase, l’ONG Plan International France revient sur les résultats du programme, les parcours derrière les chiffres et les ambitions d’ALFA
Un projet essentiel dans un pays où environ 2 millions d’enfants sont déscolarisés
Au Bénin, les difficultés d’accès à l’éducation s’inscrivent dans un contexte marqué par une forte précarité économique. Le Bénin est ainsi confronté à des taux élevés de chômage (33 % pour les 15 à 24 ans, 33 % des femmes) et d’emplois précaires (90 %).
C’est dans ce contexte qu’a été lancé ALFA il y a 3 ans, dans le département de l’Atacora, où 1 enfant sur 2 est encore privé d’école. Pauvreté, éloignement des écoles, manque d’enseignant·es qualifié·es… Les raisons qui éloignent les enfants de l’école sont nombreuses et sont exacerbées par la crise au Sahel et la dégradation de la situation sécuritaire.
Face à ce défi, ALFA a agi sur plusieurs leviers pour favoriser l’accès et le maintien à l’école.
Le programme a notamment permis à des enfants non scolarisés ou déscolarisés d’être accueillis dans des centres d’éducation communautaires, des classes passerelles leur permettant ensuite de réintégrer le cursus formel.
Il a également soutenu les familles, notamment à travers des groupes d’épargne, et accompagné des jeunes vers la formation professionnelle et l’emploi.
En parallèle, des actions menées auprès des communautés ont permis de sensibiliser les enfants et leurs familles à leurs droits et à l’importance de l’éducation.
Une première phase du programme ALFA riche en résultats
Au cours de ces 3 années, ALFA a permis d’accompagner plus de 4 000 personnes, dont 63 % de filles et de femmes, à travers ses différentes activités. Plus largement, ce sont près de 10 000 personnes qui ont indirectement bénéficié du projet, notamment à travers les activités de sensibilisation et les ressources partagées dans les communautés.
Les résultats de la phase 1 du projet dépassent même les attentes et encouragent à poursuivre le combat pour l’éducation et la formation des enfants et des jeunes :
- 462 enfants (près de 60 % de filles) intégrés dans les centres d’éducation communautaire (classes-passerelles) avec un taux de réussite moyen de 97 % sur les 3 ans
- 45 jeunes (27 femmes) formé·es et accompagné·es vers l’emploi en fonction de leurs choix d’orientation.
- 238 (55 % de filles) jeunes participant aux clubs Champions of Change où elles et ils peuvent échanger sur les droits des enfants et notamment ceux des filles et sur les moyens (?) de les faire respecter.
- 150 jeunes filles et femmes membres des groupes d’épargne, dont les compétences (techniques et en leadership) sont renforcées et qui ont à leur tour, formé plus de 720 femmes.
- Réduction des départs d’enfants, d’adolescent·es et de jeunes et de leur exposition aux risques, notamment d’enrôlement par des groupes armés non étatiques.
Liliwane, Nadia et Helène : 3 histoires derrière le programme ALFA
Liliwane, 10 ans, est allé pour la première fois à l’école :
“ Je n’avais jamais eu la chance d’aller à l’école. Mes parents n’avaient pas les moyens. Mais, grâce aux sensibilisations du projet ALFA sur l’importance de la scolarisation, j’ai été inscrit au CEC (Centre d’éducation communautaire mis en place avec ALFA) de mon village dès son ouverture. Avant, je passais mon temps à travailler dans les champs avec mon père. Aujourd’hui, grâce au CEC j’apprends à écrire et à parler le français.”
Nadia, 23 ans, a ouvert son commerce après sa formation professionnelle :
“Grâce au projet ALFA, j’ai suivi, au Lycée Technique Agricole de Natitingou, une formation de 3 mois en transformation agro-alimentaire et produits cosmétiques. J’ai appris beaucoup de choses en peu de temps. Je viens de terminer mon stage dans une entreprise spécialisée dans la production et la commercialisation des jus de fruits, cela m’a permis de comprendre les réalités du monde des entreprises. Et je me sens désormais en mesure de produire et commercialiser à mon propre compte, j’ai d’ailleurs commencé la production à petite échelle dans mon village.”
Helène, 24 ans, est devenue activiste pour les droits des filles :
“Depuis que j’ai rejoint le club Champions of Change (club de jeunes mis en place dans le cadre du programme ALFA), j’ai participé à plusieurs sensibilisations, dont celle sur les dangers de la grossesse précoce et les normes sociales défavorables aux filles. Grâce à nos échanges entre jeunes, nous avons pu sensibiliser de nombreux parents à l’importance de soutenir les ambitions de leurs filles et de leur offrir les mêmes opportunités que les garçons. Les filles de mon club prennent de plus en plus confiance en elles-mêmes et n’ont plus peur de prendre la parole devant les autres. “
Ces parcours témoignent de la diversité des actions menées dans le cadre d’ALFA et de l’importance d’agir à la fois auprès des enfants et des jeunes, mais aussi de leurs familles et de leurs communautés.
ALFA 2 : un engagement supplémentaire pour l’éducation des jeunes
La première phase du programme s’achève, mais les besoins restent importants. La phase 2 du projet s’inscrit dans la continuité du travail mené depuis 2023, tout en intégrant les principaux enseignements tirés. En effet, le programme ALFA 2 vise à offrir une seconde chance aux enfants déscolarisés dans 4 communes de la Donga au Bénin. Sur la base de critères de vulnérabilité, le projet leur permettra d’accéder à un parcours éducatif adapté et de renforcer leurs connaissances, afin de favoriser leur réintégration durable dans le système éducatif formel.
En parallèle, le projet agira sur leur environnement familial et communautaire en renforçant les capacités des parents, des femmes et des acteurs communautaires en matière de protection de l’enfant, d’égalité de genre et de masculinité positive. Les hommes et des pères seront particulièrement impliqués, via la mise en place de Comités d’hommes, en tant qu’acteurs à part entière pour la protection et de l’éducation des enfants, et une évolution durable des normes et pratiques au sein des communautés.
Le soutien du secteur privé sera décisif pour assurer la scolarité des enfants dans le Nord du Bénin
Dans le département de la Donga, la phase 2 d’ALFA sera cruciale pour assurer la continuité de notre action au Bénin et permettre à 200 enfants déscolarisées, dont 60 % de filles, de retrouver durablement le chemin de l’école.
« ALFA est la preuve qu’une approche globale, qui associe alternatives pédagogiques innovantes, mobilisation des familles et lutte contre la pauvreté, peut créer les conditions d’un retour rapide et durable des enfants à l’école. » explique Léa Bourrouilhou, Responsable Mécénat chez Plan International France.
« Après plus de 3 ans de mise en œuvre, nous souhaitons aujourd’hui consolider et prolonger cette dynamique pour permettre à davantage d’enfants, en particulier les filles, de retrouver le chemin de l’école et de construire leur avenir. Entreprises, fondations : chaque soutien compte. »
Léa Bourrouilhou, Responsable Mécénat
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