Retour sur l’influence de la diplomatie féministe française par l’équipe plaidoyer de Plan International France
Publié le 9 janvier 2026
La diplomatie féministe : de quoi s’agit-il ?
En 2019, la France a fait un pas de plus en faveur de l’égalité de genre en annonçant s’engager sur la voie d’une diplomatie féministe, mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?
Politique étrangère féministe, ou diplomatie féministe, le concept consiste, pour un Etat, à promouvoir l’égalité de genre à travers tous les champs de sa politique étrangère (développement, humanitaire, commerciale, climatique, ou encore défense). En 2014, la Suède a été le premier pays à adopter une diplomatie féministe et à la définir autour des 3 « R » : Rights, Representation and Ressources. Aujourd’hui, une quinzaine de pays se sont engagés sur cette voie, dont la France.
Première définition de la diplomatie féministe française : fondée sur les droits humains et élaborée avec la société civile
Pour la première fois, la France a structuré l’ambition et les contours de sa diplomatie féministe. Ces éléments sont rassemblés dans une stratégie dédiée à la diplomatie féministe française, en vigueur de 2025 à 2030, et lancée par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, le 7 mars 2025. Pour élaborer sa diplomatie féministe, le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères a associé la société civile et des organisations féministes, dont Plan International France.
La diplomatie féministe de la France place en son cœur les droits des filles, adolescentes et personnes LGBTQIA+ et consacre plusieurs priorités thématiques telles que l’accès aux droits et santé sexuels et reproductifs, l’éducation des filles, la promotion des droits des filles en contexte de crise ou encore la lutte contre les violences fondées sur le genre, dont celles faites en ligne. Plan International France se réjouit de toutes ces avancées, que nous avons promu au travers de notre plaidoyer.
Des engagements nécessaires dans un contexte international inquiétant
Les engagements de la France sont d’autant plus importants que, partout dans le monde, les droits des filles, des adolescentes, et des personnes LGBTQIA+ sont menacés et remis en cause. Ce backlash (ou « retour de bâton ») désigne l’action des mouvements anti-droits, conservateurs et masculinistes qui s’attaquent systématiquement et de plus en plus aux droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. Plan International France salue que la lutte contre ces mouvements anti-droits soit l’une de ses priorités de la diplomatie féministe.
Un besoin urgent d’engagements financiers
Alors que l’un des cinq piliers de la diplomatie féministe française est censé être ses ressources, Plan International France regrette que la diplomatie féministe de la France ne soit pas assortie d’un budget ni d’engagements financiers dédiés.
L’année 2025 a été marqué par la fermeture de l’agence des Etats-Unis pour le développement internationale (USAID) ainsi que des coupes drastiques dans les budgets de la solidarité internationale dans de nombreux pays, menaçant directement la survie de 90% des organisations féministes (source : ONU Femmes, 2025), qui sont pourtant les premières actrices de l’égalité de genre. La France a également coupé de 2.3 milliards d’euros son budget pour l‘aide publique au développement en 2025 et menace de couper de nouveau 700 millions d’euros pour 2026.
Plan International France appelle la France à rehausser le budget alloué à l’aide publique au développement. Ces fonds, qui financent notamment les organisations féministes, sont indispensables pour faire advenir les droits des filles et adolescentes dans toute leurs diversités. La France doit financer un maximum de projets qui visent à remédier aux inégalités de genre, et se donner des cibles chiffrées ambitieuses.
De plus, la France dispose d’un formidable outil pour financer les organisations féministes des Suds : le Fonds de soutien aux organisations féministes, doté de 50 millions d’euros par an jusqu’en 2027. Au-delà, aucun engagement ne garantit sa continuité. Plan International France appelle la France à protéger, renforcer et pérenniser ce fonds. C’est aujourd’hui le meilleur outil de la France pour lutter contre les inégalités de genre dans le monde.
Et la suite ?
Le lancement de la stratégie de diplomatie féministe de la France est une étape importante vers la réalisation des droits des filles et adolescentes dans le monde. En revanche, sa concrétisation ne sera possible que si la France y consacre des financements conséquents et durables, et la porte politiquement dans tous les espaces et champs de la politique étrangère. L’ONG Plan International France souhaite être associée à toutes les étapes clés du processus de suivi de mise en œuvre de cette stratégie et de son pilotage. Les 22 et 23 octobre 2025, Plan International France a pris part à la conférence des diplomaties féministes, accueillie à Paris.
Au travers de l’ensemble du processus de définition de la diplomatie féministe française, Plan International France a notamment demandé au ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères de :
- Intégrer une approche fondée sur les droits humains.
- Mentionner systématiquement les droits des filles, les adolescentes et les jeunes femmes.
- Intégrer les priorités suivantes : l’éducation des filles, les droits et santé sexuelle et reproductifs, la lutte contre toutes les formes de violence fondée sur le genre, les filles en situation de crises ainsi que la participation effective des filles, des adolescentes et des femmes aux espaces de décisions.
- Respecter les objectifs de la loi de développement du 4 août 2021 en s’engageant à ce que 75% des projets financés par l’aide publique au développement bilatérale fassent de l’égalité de genre un objectif significatif, et 20% un objectif principal pour 2025 et les rehausser ensuite pour la période 2025-2030.
- Mettre en place un soutien politique, financier et techniques aux organisations féministes, notamment via le renforcement et la pérennisation des montants dédiés au Fonds de soutien aux organisations féministes (FSOF) au-delà de 2027.
- Inclure la société civile dans l’élaboration du cadre de redevabilité de la stratégie, ainsi que dans son suivi.