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Les filles constituent environ 40 % des enfants enrôlés dans les milices armées. Phénomène ignoré : si certaines s’engagent volontairement, la plupart sont recrutées de force et asservies par les chefs de guerre. Plan International intervient notamment en RCA, au Soudan du Sud et au Nigeria pour mettre fin à cette pratique néfaste qui va à l’encontre de tous les droits élémentaires des enfants.

C’était dans la nuit du 14 au 15 avril 2014. Des millions de personnes dans le monde découvrent avec effroi et émotion l’enlèvement par Boko Haram de 276 filles d’un lycée de Chibok, au nord-est du Nigéria. #BringBackOurGirls réclame l’opinion internationale.

Si une cinquantaine d’otages parvient à se libérer peu de temps après, d’autres sont utilisées comme boucliers humains dans le conflit et d’autres encore se retrouvent mariées de force à de hauts responsables du groupe djihadiste qui terrorise désormais le bassin du lac Tchad. 

Cinq ans plus tard, le calvaire est loin d’être terminé pour les filles du Nigéria. Ian Wishart, à l’époque à la direction de Plan International en Australie, rappelle que depuis la disparition des filles de Chibok, les violences de genre infligées par Boko Haram se sont « intensifiées, affectant plus de 17 millions de personnes. ».

Il ajoute : « la campagne #BringBackOurGirls a peut-être pris fin, mais le problème n’a pas disparu. Les filles manquantes à Chibok sont le visage public d’une crise très intense. Il y a tellement de milliers d’autres comme elles dont les histoires ne sont pas racontées. »

Tout comme Boko haram, ce sont des centaines de milices à travers le monde qui enrôlent les filles dans les conflits armés : la plupart finissent en épouses contraintes et forcées et/ou en esclaves sexuelles dédiées à la fécondation et au plaisir – souvent superstitieux – des hommes qui combattent. 

Les filles soldats : un phénomène méconnu

Les filles soldats : pourquoi sont-elles impliquées dans les conflits ?

Les causes de l’embrigadement 

Les filles sont kidnappées la plupart du temps lors des attaques des groupes armés dans les villages. 
« Les hommes de la LRA sont entrés dans ma maison pour me kidnapper. Ma mère a dit « elle est trop jeune », mais ils ont répondu « on va l’aider à grandir » », témoigne une jeune fille de 17 ans, enlevée par la Lord Resistance Army (armée du seigneur) en RCA.
« Des personnes ont été massacrées et des maisons incendiées », se souvient Salma, 16 ans, victime de Boko Haram. « Ce fut une expérience horrible et traumatique. »

1) La déscolarisation : faute d’argent pour payer les frais scolaires, certaines jeunes filles déscolarisées voient dans les groupes armés un moyen de s’en sortir. 

2) Le besoin de protection : la majorité des filles recrutées vit dans un climat d’insécurité et de terreur permanent à cause des attaques des groupes armés dans leurs villages. Elles rejoignent les milices avec l’espoir que ces dernières les protègent et protègent leur famille.  

3) La vengeance : certaines filles rejoignent les groupes armés, après avoir vu un membre de leur famille tué, après avoir subi une agression sexuelle…

Selma, membre du groupe de rebelle anti Balaka en RCA, témoigne : « C’est moi qui ait décidé de rejoindre les anti Balaka. Ils ont placé mon père devant mes yeux et l’ont tué comme si c’était un animal. Je ressens encore de la colère. Je suis rentrée dans le groupe pour venger ce que les Séléka ont fait à ma famille. »
Martine, 15 ans, ajoute : « Les Séléka ont détruit tous les biens de ma mère et ont finalement tué ma mère et mon père. »
Urmila, 15 ans « J’ai fait beaucoup de mal. J’ai tué énormément de personnes, j’ai beaucoup de haine en moi. C’est pour cela que j’ai arrêté : je n’ose pas citer tout ce que j’ai fait. » 
Rosalie, 16 ans : « Je conseille à toutes les filles de ne pas s’engager dans des groupes armés. Ils s’appuient sur notre colère pour nous recruter, mais en réalité ils n’apportent que de la désolation. » 

4) La pauvreté : certaines filles rentrent dans les milices, car ces dernières fournissent un abri et de la nourriture, qu’elles ne peuvent pas se fournir par elles-mêmes.  

Les missions des filles soldats 

« Mon travail au sein du groupe était de préparer à manger. Régulièrement, j’allais aussi voler, c’est ce qui permettait au groupe de vivre. Les ordres étaient d’attraper les gens et de les menacer, afin de leur voler leur argent. Ainsi, on pouvait avoir à manger », rapporte une jeune fille anciennement membre d’une milice en RCA.

Rosalie, 16 ans, a rejoint un groupe armé en RCA après la mort de son père.

« J’avais 13 ans quand la guerre a éclaté dans notre village », confie-t-elle. « Des groupes de défense ont été formés et j’ai rejoint l’une des milices constituée dans mon village pour venger la mort de mon père. Mon frère, mes deux sœurs et moi avons tous rejoint le groupe armé, convaincus que c’était notre seule chance de survie. 
Dans ce groupe, les filles étaient chargées de préparer la nourriture et de faire la lessive pour les combattants et les chefs. J’ai passé plusieurs mois dans des groupes successifs, avant d’arriver à Bangui, la capitale. En y pénétrant, notre situation est devenue de plus en plus précaire, car la nourriture se faisait rare
. »

Le plus souvent, les filles enrôlées deviennent des « épouses de guerre » et sont mariées de force aux chefs des milices. Elles servent d’objets sexuels et/ou n’ont qu’un but reproductif.

Conséquences 

Les filles subissent viols et violence dès leur plus jeune âge (7 ans pour certaines). Le viol est très pratiqué : certains combattants le voient comme une compensation à leur faible salaire, d’autres comme la certitude – pourtant superstitieuse – que cela leur octroiera la force physique et psychique nécessaire pour gagner les prochains assauts.

Une survivante de Boko Haram au Nigeria, qui s’est échappée en simulant un handicap témoigne : « J’étais prête à jouer n’importe quel rôle pour éviter d’être touchée par ces hommes, car je connaissais le sort des autres filles capturées par le groupe armé. Elles sont contraintes à se marier et sont forcées de répondre à tous les besoins des chefs de guerre. »

Les filles sont plus touchées par la précarité du quotidien dans laquelle vivent les milices, particulièrement par l’hygiène déplorable. Elles sont aussi touchées par le sida, les MST et beaucoup meurent en couche, faute de soins. 

Lorsqu’elles ne combattent pas : les filles occupent des rôles « support » et ne se retrouvent pas dans les zones d’affrontements. 
Elles ne sont ainsi pas considérées comme des enfants soldats :

La vie dans les camps est particulièrement difficile : les jeunes filles font face à une souffrance à la fois physique et psychologique. Le manque de nourriture, les nuits dehors et les tâches physiques éprouvantes constituent leur quotidien. 

Les filles subissent des rites d’initiation particulièrement violents, notamment dans la milice ougandaise de la LRA : « Dans certains cas, les recrues étaient forcées de lécher le sang de corps morts. Elles sont forcées à tuer des amis ou des membres de sa famille et de faire des choses qui seraient impensables dans la vie normale… » [extrait de la déposition d’une rescapée qui a témoigné au procès de Dominic Ongwen, ancien commandant de la Brigade de Sinia de l’Armée de résistance du seigneur, un groupe rebelle qui opérait notamment au nord de l’Ouganda.]

Comment intervient Plan International 

Plan International intervient dans les zones de conflits au RCA, au Nigéria et au Soudan du Sud, afin de restaurer un environnement de protection pour l’enfant et de lui proposer de nouvelles perspectives. 

L’ONG Plan International travaille en étroite collaboration avec différents services locaux et des partenaires locaux ciblés, pour fournir l’assistance appropriée. 

Les différents types d’action de l’ONG Plan International sont : 

– La réintégration dans la communauté est très difficile pour les ex-enfants soldats. Ces derniers sont souvent discriminés et rejetés de leur communauté et de leur famille. Les filles le sont particulièrement : lorsqu’elles rentrent, elles sont considérées comme impures par la communauté, car elles ne sont plus vierges et ne peuvent pas être mariées.
Les filles restent victimes de nombreuses formes de rejet : discrimination, humiliation, insultes, intimidation… de la part de la famille, d’amis, de voisins ou d’enseignants. Elles se retrouvent ainsi isolées de leur communauté.

Certaines filles n’osent alors pas revenir dans leur communauté, comme l’explique Abdoulaye Wade, responsable de l’ONG Plan International à Berberati (à l’est de la RCA, près de la frontière avec le Cameroun) : « Le fardeau de ces enfants soldats est tellement lourd qu’ils ont tendances à se cacher : ce n’est jamais évident d’être vu comme un enfant ex–soldat. L’ONG Plan international effectue un travail de formation et de réinsertion sociale pour la reconstruction des filles et des garçons enrôlé·e·s ».

Certaines filles restent dans les milices, de peur de subir le rejet de leur proches, ou y retournent après avoir été exclues de leur communauté. 

Pierrot Besongo, volontaire chez Plan International en RCA témoigne : « Les membres de l’ONG vont de porte en porte, dans tous les quartiers, afin que les jeunes comme les adultes comprennent la souffrance des enfants soldats. »

En moyenne, les enfants restent 6 mois en famille d’accueil, le temps pour l’ONG de retrouver les parents. 

Terese, 14 ans, rescapée d’une milice en RCA vit en famille d’accueil : « Je vis dans une famille d’accueil, car je ne me sentais pas à l’aise avec ma famille. Les voisins ont découvert que je faisais partie d’un groupe armé et ont commencé à me fuir, ainsi que ma famille. »

Focus sur l’éducation et sur la formation professionnelle 

« Lorsque que j’ai quitté le groupe armé, je n’avais plus rien. Mais Plan International m’a fourni des vêtements et un matelas pour dormir. Et aussi de la nourriture qui me donne des forces pour aller à l’école », explique Salissou, ex-enfant soldat en RCA.
« J’ai trouvé le courage de partir quand j’ai compris que l’école était le meilleur moyen de réussir et que Plan International pouvait m’aider », confie Viviane, 14 ans, ex-enfant soldat en RCA.

« Ces enfants ont traversé des périodes très difficiles. Il faut que toutes et tous soient de nouveau accepté·e·s par la communauté. En leur donnant une seconde chance grâce à la formation professionnelle et à l’éducation, l’ONG les aide à se réinsérer », explique Rufin Ndaos, coordinateur du projet dans la région de Nana-Gribizi (centre de la République centrafricaine)

Terese, 14 ans, suit une formation de couture au centre de Bangui (au sud de la RCA) : « Grâce à ce programme de réhabilitation, je mène maintenant une vie tranquille et j’apprends à coudre. Grâce à ces compétences, je commence une vie qui me permettra de prendre soin de moi et de mes parents. »

Lisa, 16 ans, était membre d’un groupe armé avant d’arriver au centre : « J’ai eu de la chance d’avoir une famille d’accueil et de rejoindre un centre de formation. J’ai suivi 4 mois de formation en couture et maintenant je suis en stage », explique-t-elle. « Avec l’argent que je gagne, je peux acheter de la nourriture pour ma famille ou des médicaments si quelqu’un est malade. »

Rosalie, 16 ans, témoigne : « C’est grâce à l’aide d’une femme qui a négocié avec les groupes armés ma libération que j’ai pu m’en sortir. J’avais entendu parler d’une ONG en RCA qui aidait les enfants soldats. Plan International s’est bien occupée de moi et ça a été un vrai soulagement de pouvoir partager mon expérience et ma colère sans être jugée. Je me sens beaucoup mieux à présent. J’ai suivi une formation de couture et je travaille maintenant dans un magasin comme assistante du tailleur. Je veux en savoir plus sur ce métier et j’espère un jour posséder mon propre magasin. Coudre m’apporte beaucoup. J’espère avoir un jour beaucoup de clients et gagner assez d’argent pour prendre soin de ma mère qui vit toujours dans le village. »

Josiane, 14 ans, témoigne de sa réinsertion par la formation : « Depuis notre extraction des groupes armés, nous avons non seulement été aidées pour réintégrer nos familles, mais aussi pour apprendre un métier qui pourra nous être utile dans la vie quotidienne. Grâce à cette formation, je suis en mesure de m’occuper de moi-même et de mon enfant, que j’ai eu pendant la crise qu’a connu notre pays. »

Création de « réseaux communautaire de protection d’enfant », pour empêcher les enrôlements d’enfants au sein de la communauté.

Abdoulaye Wade, chef de bureau de l’ONG Plan International à Berberati (à l’est de la RCA, près de la frontière avec le Cameroun) : « Plan International effectue sur place une vaste campagne d’information, de sensibilisation et de formation qui vise à prendre en charge les violations des droits des enfants et à les prévenir. Si des enfants soldats sont identifiés, l’ONG les place en famille d’accueil le temps de retrouver les familles d’origine. » 

Les enfants soldats en quelques chiffres

En République centrafricaine : 

Au Soudan du Sud :

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