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Quelle vie pour les enfants rohingya déplacés et réfugiés depuis six mois dans les camps de Cox’s Bazar au Bangladesh ? L’ONG Plan International, qui leur vient en aide depuis le début de l’exil, mais aussi Save the Children et World Vision, ont lancé l’une des analyses les plus complètes à ce jour sur leur vie quotidienne : Une enfance interrompue : la crise des réfugiés rohingya vue par les enfants. Entre peurs, violences, défis permanents et souvenirs brutaux des meurtres et des incendies vécus en Birmanie, des témoignages effrayants qui rappellent l’urgence d’agir !

Depuis le mois d’octobre 2017, l’ONG Plan International exhorte la communauté internationale à considérer la protection des enfants rohingya, des filles en particulier, comme une urgence absolue. Aujourd’hui, ils sont plus de 688 000 réfugiés rohingya forcés à fuir l’État de Rakhine en Birmanie pour le Bangladesh voisin à la suite des violences extrêmes dont ils sont la cible. Et parmi eux : 58 % d’enfants.

Les organisations Plan International, Save the Children et World Vision viennent de publier un rapport inédit, Une enfance interrompue : la crise des réfugiés rohingya vue par les enfants, pour dénoncer, à travers des témoignages, les dangers et les épreuves rencontrés dans les camps. Plus de 200 enfants et 40 mères de famille ont ainsi été écoutés et interrogés, afin de mieux cibler l’aide et de présenter au secteur humanitaire les besoins prioritaires qu’ils ont identifiés. 

La peur partout

Un constat s’impose : tous les réfugiés rencontrés confirment leur effroi et leur grande inquiétude face à la situation au quotidien. Après l’exil forcé de Birmanie, la fuite sur les routes et l’arrivée dans les camps, le traumatisme est immense, surtout parmi les plus vulnérables d’entre eux, les enfants. Si ces derniers passent le plus clair de leur temps sous leurs tentes, les filles s’y réfugient pour une raison évidente : la peur d’être abusées. Et lorsque la nuit tombe, là où il n’y a pas d’éclairage, comme aux latrines ou près des puits d’eau, cette peur envahit le camp.

La sécurité dans les tentes demeure problématique pour les enfants. Ces abris de fortune sont composés de bambous et de plastique et ne ferment pas. « Parfois, des voleurs rentrent et nous volent nos affaires. Nous ne pouvons rien faire », explique un garçon d’environ 13 ou 14 ans dans le camp de Barmapara*. L’inquiétude chez les filles domine aussi, car elles n’ont plus d’intimité. Il n’y a pas de séparation entre les espaces pour dormir, pour faire sa toilette ou pour s’habiller.

La collecte du bois pour le feu constitue également un terrible moment pour ces enfants, qui admettent avoir peur des « hommes des bois », qui les battent et abusent d’eux sur le chemin. En plus des hommes, des animaux sauvages arpentent les forêts, comme des éléphants et des serpents venimeux. « Tout le monde a peur d’aller chercher du bois. Une fois, une fille s’est faite violer en allant dans la forêt la nuit », raconte une jeune fille âgée de moins de 14 ans au sein du camp de Nayapara*. « Quand nous allons en forêt ou sur des terres bangladaises pour ramasser du bois de chauffage, nous sommes battues », ajoute, désespérée, une autre âgée de moins de 17 ans et déjà mariée, dans le camp de Kutupalong*.

Les latrines, souvent mal éclairées et mal fréquentées, effraient également les enfants. Plusieurs filles racontent qu’elles doivent attendre des heures entières pour aller aux toilettes, « jusqu’à ce que les hommes s’en aillent », de peur d’être abusée ou violentée.

Les trajets sur les routes effraient la plupart des filles et des garçons. En cause : le trafic incessant et les mouvements de foule. Les enfants ont peur des accidents, fréquents sur ces voies. Une garçon d’environ 16 ans, dans le camp de Balukhali*, raconte que « par peur des kidnapping », ils se déplacent « en groupe ».

© Plan International

Une forte charge mentale pèse sur les filles réfugiées dans les camps : ces dernières se retrouvent à s’occuper des tâches domestiques et de la famille. Elles restent confinées à l’intérieur des tentes pour des raisons de sécurité, réduites à préparer le repas, à laver, à ranger et à prendre en charge les jeunes enfants et les personnes âgées. Autant de lourdes responsabilités qui les épuisent plus vite que les autres.

La peur de l’enlèvement règne partout. Depuis août 2017, au moins 28 cas de trafic d’enfants sont avérés. Mais tout porte à croire que ce nombre reste probablement bien en-deçà de la réalité, obligeant ainsi les enfants à vivre reclus dans les abris de fortune.

L’absence d’école est enfin déplorée. La plupart des enfants souffre du manque d’école et d’espace ludique. Les camps sont surpeuplés et l’espace entre les tentes pour installer des aires de jeu ou d’apprentissage, se fait rarissime. « Nous vivons ici en captivité. Nous ne pouvons rien faire, pas même jouer. Il n’y a pas assez de place. Je veux retrouver ma vie d’avant en Birmanie », exhorte un garçon de moins de 14 ans, dans le camp de Kutupalong*.

250 000 Rohingya

Depuis le début de la crise, plus de 60 000 enfants et leur famille bénéficient de l’aide d’urgence apportée par Plan International dans les camps. Mais parce que l’afflux de réfugiés augmente de jour en jour, l’ONG prévoit d’aider plus de 250 000 Rohingya dans les dix prochains mois dans les quatre zones de Cox’s Bazar et de poursuivre ainsi l’effort apporté en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement :

En matière de protection des enfants :

* pour des raisons de protection de l’enfance, les prénoms ont été supprimés.

Verbatims :

Orla Murphy, directrice de l’ONG Plan International au Bangladesh : « Il ne fait aucun doute que cette crise constitue une situation d’urgence pour les enfants. Leur univers est fracassé : ils sont passés d’une vie tranquille au sein de leur communauté, dans un quartier familier, entouré d’amis et de repas variés à un lieu chaotique, surpeuplé et effrayant. Beaucoup sont orphelins et perdus. Ils vivent dans un état perpétuel d’anxiété. Répondre à leurs préoccupations en matière de sécurité reste notre priorité. »

Yvan Savy, directeur de l’ONG Plan International en France : « Dans les situations d’urgence, les enfants, et les filles en particulier, sont très vulnérables. La réponse de Plan International se concentre sur les besoins essentiels à leur sécurité et à leur bien-être. »

Le rapport en intégralité (anglais) : Childhood Interrupted. Children’s Voices From The Rohingya Refugee Crisis (2018, 32 pages) de Plan International, Save The Children et World Vision

Contact médias :
Julien Beauhaire – 01 84 87 03 52 –
julien.beauhaire@plan-international.org

Lire le communiqué de presse.

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