Dans l’État du Madhya Pradesh en Inde, la pauvreté, les normes de genre ou encore l’éloignement des écoles poussent de nombreuses filles à quitter l’école trop tôt. Cette déscolarisation augmente aussi le risque de mariage d’enfants.

C’est le défi auquel entend répondre le programme UDAAN, lancé en 2025 avec le soutien de la Fondation Valérie Messika.  Shivani Verma, Coordinatrice du programme auprès de Plan International Inde, nous raconte une journée avec les équipes sur le terrain.   

9h : les premiers cours commencent 

Dans les centres UDAAN de Banediya, Ghatabillod ou Khajrana, les filles retrouvent leurs enseignantes pour travailler l’hindi, les sciences sociales et les autres matières du programme scolaire.

Mais avant de commencer, il y a l’appel. Pour l’équipe, il ne s’agit pas seulement de noter les absences, mais surtout d’en comprendre les raisons.

Car retourner à l’école ne signifie pas que tous les obstacles ont disparu pour les filles : certaines adolescentes travaillent, d’autres participent aux tâches domestiques ou doivent composer avec les attentes de leurs familles. Les équipes cherchent donc des solutions adaptées à chacune. Dans l’un des centres, les horaires ont par exemple été aménagés pour permettre aux filles qui exercent une activité rémunérée de continuer à suivre les cours.

 « Ici, l’assiduité n’est jamais un simple chiffre ; c’est une petite négociation quotidienne entre l’éducation d’une fille et tout ce que sa famille attend d’elle par ailleurs »

explique Shivani

11h : parler de l’avenir 

UDAAN ne se limite pas à la remise à niveau scolaire : des temps sont également consacrés à l’orientation et aux compétences de vie.

Lors d’une séance d’orientation, un jeu de cartes sert de point de départ pour parler des métiers. Les filles évoquent la couture, l’esthétique ou l’art, mais aussi l’enseignement, la santé ou le droit.

Pour des adolescentes qui ont parfois quitté l’école depuis plusieurs années, ces séances sont l’occasion de recommencer à se projeter et à réfléchir à leur avenir en dehors des normes de genre.

« Au début, personne ne dit grand-chose. Puis, inévitablement, l’une d’elles murmure : “Main bhi kar sakti hoon” (Moi aussi, je peux le faire) »

raconte Shivani

14h : sortir du centre pour découvrir d’autres possibilités

L’apprentissage passe aussi par des sorties. Ce jour-là, les adolescentes se rendent au Kasturbagram Rural Institute, un établissement d’enseignement supérieur, afin de découvrir de nouvelles formations et d’élargir leurs perspectives.

Komal*, l’une des participantes, s’arrête devant une démonstration de tissage. Plus tard, au moment du déjeuner, elle confie à Shivani qu’elle aimerait étudier le stylisme et ouvrir un jour sa propre boutique.   

Une sortie parmi d’autres, mais qui permet aux filles de découvrir concrètement des études et des métiers auxquels elles n’avaient pas forcément pensé auparavant.  

16h : aller à la rencontre des familles

Une partie importante du travail d’UDAAN se déroule loin des salles de classe. Pour permettre aux filles de poursuivre leur scolarité, les équipes travaillent aussi avec leurs parents et leur entourage.

Arpit, coordinateur de zone, passe ainsi de maison en maison avant une réunion avec les familles. Il présente le programme, répond aux inquiétudes et explique ce que le retour à l’école peut permettre aux filles.

Le soir, 18 parents, enfants et enseignants se retrouvent au centre pour parler de scolarité et d’avenir. Un père, d’abord méfiant, finit par demander de lui-même quand aura lieu la prochaine distribution de kits éducatifs.

Ce dialogue avec les familles est essentiel. Pour certaines adolescentes, c’est même ce qui rend possible le retour à l’école.

Pour Jaya, retourner à l’école a changé la suite de son histoire 

L’histoire de Jaya en est un exemple. Il y a encore quelques mois, elle pensait que ses études étaient terminées. Le lycée se trouvait à plus d’une heure et demie à pied de chez elle et sa famille n’avait pas les moyens de payer son transport. Elle est alors restée à la maison pour aider sa mère.

Quelques mois plus tard, ses fiançailles sont annoncées et son mariage est prévu pour l’année suivante. Jaya voit alors ses rêves d’avenir coupés courts.

Puis, elle découvre le centre UDAAN grâce à sa tante. Après plusieurs échanges avec l’équipe, ses parents ont accepté qu’elle rejoigne le centre situé près de chez elle.   

« Grâce à la confiance en moi acquise au centre, j’ai trouvé le courage de parler à ma mère et de lui demander de ne pas me marier avant que j’aie terminé ma 12e année et atteint l’âge de 18 ans. »

Comme pour Jaya, le travail d’UDAAN ne s’arrête pas au retour à l’école. En accompagnant les filles mais aussi leurs familles, le programme leur permet non seulement de poursuivre leur scolarité, mais aussi de gagner en autonomie et de faire évoluer les normes qui pèsent sur leur avenir. Une approche qui contribue à lutter durablement contre les mariages d’enfants.

*Prénom modifié

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