Mariage forcé, mariage arrangé et mariage d’enfants : quelles différences ?
Mariage forcé, mariage arrangé, mariage précoce ou mariage d’enfants quelles différences ? : Ces expressions sont parfois utilisées comme des synonymes. Pourtant, elles ne désignent pas exactement les mêmes situations. Pour comprendre leurs différences, deux critères doivent être examinés : l’âge des personnes concernées et leur capacité réelle à accepter ou refuser librement l’union.
Cette distinction est essentielle alors que plus de 640 millions de filles et de femmes actuellement en vie ont été mariées pendant leur enfance. Chaque année, environ 12 millions de filles supplémentaires sont mariées avant l’âge de 18 ans, soit près d’une fille toutes les trois secondes. À l’échelle mondiale, 19 % des filles sont mariées avant 18 ans et 4 % avant 15 ans.
Comprendre rapidement les différences entre ces trois types de mariages
La principale différence entre un mariage arrangé et un mariage forcé ne réside donc pas dans l’intervention de la famille, mais dans la possibilité réelle de dire non, sans subir de menace, de violence, de chantage ou de conséquences négatives.
Qu’est-ce qu’un mariage arrangé ?
Dans un mariage arrangé, la famille ou l’entourage joue un rôle dans la recherche, la présentation ou le choix d’un ou d’une partenaire. Les futurs époux peuvent, par exemple, être mis en relation par leurs parents. Ils doivent toutefois rester libres d’accepter ou de refuser la proposition.
Pour qu’un mariage arrangé demeure librement consenti, les deux personnes doivent pouvoir :
- Refuser de rencontrer la personne proposée ;
- Refuser le mariage ;
- Interrompre les fiançailles ;
- Changer d’avis jusqu’à la célébration ;
- Prendre leur décision sans menace ni pression.
Un mariage arrangé devient donc un mariage forcé dès lors que l’une des personnes n’est plus réellement libre de refuser. Une personne peut avoir initialement accepté une union, puis changer d’avis. Si elle est ensuite obligée de poursuivre le projet de mariage, son consentement n’est plus libre.
Contrairement au mariage d’enfants, le mariage arrangé ne fait pas l’objet d’un indicateur statistique mondial harmonisé. Il n’existe donc pas d’estimation internationale fiable du nombre de mariages arrangés. Les pratiques et leur définition varient fortement d’un pays et d’une communauté à l’autre.
Qu’est-ce qu’un mariage forcé ?
Un mariage forcé est une union dans laquelle au moins une personne n’a pas donné son consentement libre et éclairé, n’est pas en capacité de consentir ou subit des pressions pour accepter le mariage.
La contrainte n’est pas toujours physique. Elle peut prendre différentes formes :
- menaces ou violences ;
- chantage affectif ;
- pression psychologique ;
- confiscation de documents d’identité ;
- dépendance économique ;
- isolement ;
- peur d’être rejeté ou rejetée par sa famille ;
- menace de déshonneur ou de représailles contre des proches.
En 2021, environ 22 millions de personnes vivaient dans une situation de mariage forcé dans le monde, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail, de l’Organisation internationale pour les migrations et de Walk Free. Cela représentait une augmentation de 6,6 millions de personnes par rapport aux estimations réalisées en 2016.
Ces chiffres sont probablement sous-estimés, car de nombreux mariages forcés restent cachés et ne sont jamais signalés.
Le mariage forcé peut concerner des personnes de tous âges, de tous genres, de toutes origines et de toutes religions. Les filles et les femmes sont cependant particulièrement touchées, en raison des inégalités de genre, de la pauvreté, des normes sociales et du contrôle exercé sur leur vie, leur corps et leur sexualité.
Pour mieux comprendre les facteurs qui entretiennent ces pratiques,découvrez les causes et conséquences du mariage forcé.
Qu’est-ce qu’un mariage d’enfants ?
Un mariage d’enfants désigne tout mariage officiel ou toute union informelle impliquant au moins une personne âgée de moins de 18 ans. Une fille peut donc être considérée comme mariée même si aucun acte civil n’a été établi, lorsqu’elle vit avec un partenaire comme dans le cadre d’un mariage.
La notion de mariage d’enfants repose avant tout sur l’âge. Elle concerne les filles comme les garçons, mais les filles sont beaucoup plus exposées. À l’échelle mondiale, une jeune femme sur cinq âgée de 20 à 24 ans a été mariée avant son 18e anniversaire, contre environ un jeune homme sur 30.
Les termes « mariage précoce » et « mariage d’enfants » sont souvent employés ensemble. Néanmoins, l’expression « mariage d’enfants » est plus précise, puisqu’elle repose sur le seuil international de 18 ans. Le terme « précoce » peut, quant à lui, être interprété différemment selon les législations et les normes sociales.
Pourquoi le mariage d’enfants est-il considéré comme une forme de mariage forcé ?
Le mariage forcé se définit par l’absence de consentement véritable, tandis que le mariage d’enfants se définit par l’âge. Ces deux réalités se recoupent pourtant très largement.
Les normes internationales relatives aux droits humains considèrent qu’un enfant ne dispose pas toujours de la maturité, de l’autonomie économique et de la liberté nécessaires pour prendre une décision aussi engageante.
Son consentement ne peut donc pas être considéré comme pleinement libre et éclairé, notamment lorsque la famille, la communauté ou un adulte exerce une autorité sur lui.
Le rapport 2025 de Plan International consacré au mariage d’enfants donne la parole à plus de 250 filles mariées ou vivant en union, ainsi qu’à 244 jeunes militant·es, dans 15 pays.
Parmi les filles interrogées :
- une fille sur quatre affirme n’avoir eu aucun mot à dire concernant son mariage ;
- une fille sur deux a épousé un homme ayant au moins cinq ans de plus qu’elle ;
- trois filles sur cinq ne font pas d’études, pas de formations ou n’ont pas d’emploi ;
une fille sur dix déclare avoir subi des violences conjugales, un résultat que Plan International estime probablement sous-évalué.
Des législations très différentes selon les pays
Le seuil de 18 ans constitue la norme défendue par les organismes internationaux de protection de l’enfance. Pourtant, les législations nationales restent très variables.
Selon le rapport 2025 de Plan International, fondé sur la base de données SIGI 2023 de l’OCDE, l’âge légal minimum du mariage pour les filles est inférieur à 18 ans dans 17 % des pays étudiés, soit 30 pays sur 178.
Parmi les 148 pays fixant officiellement l’âge minimum à 18 ans ou davantage, près de 75 % autorisent encore des exceptions.
Les exceptions peuvent notamment être accordées avec :
- l’autorisation des parents ;
- la décision d’un juge ;
- l’application de règles coutumières ou religieuses ;
- la grossesse de la jeune fille.
En Jordanie, par exemple, l’âge légal du mariage est fixé à 18 ans, mais un juge peut autoriser le mariage d’une adolescente dès l’âge de 15 ans.
À l’inverse, la Colombie a renforcé sa législation en 2025 en portant l’âge minimum du mariage à 18 ans sans exception.
Ces exemples montrent qu’il faut distinguer l’âge général prévu par la loi, les dérogations possibles et l’application réelle de la législation.
Et en France, que dit la loi ?
En France, l’âge minimum du mariage est fixé à 18 ans révolus par l’article 144 du Code civil, même si une dispense exceptionnelle peut être accordée par le procureur de la République pour des motifs graves.
Le consentement est également une condition fondamentale. L’article 146 du Code civil précise qu’il n’existe pas de mariage lorsqu’il n’y a pas de consentement.
La législation française constitue ici un point de comparaison pour le lectorat, mais la lutte menée par Plan International concerne avant tout une problématique mondiale.
Quelles sont les conséquences des mariages forcés et des mariages d’enfants?
La déscolarisation des filles
Le mariage augmente fortement le risque d’abandon scolaire. Les tâches domestiques, les grossesses, la garde des enfants et les pressions exercées par le mari ou la belle-famille empêchent de nombreuses filles de poursuivre leurs études.
Selon une analyse de l’UNICEF portant sur 67 pays, 87 % des filles âgées de 15 à 17 ans déjà mariées ou vivant en union ne sont plus scolarisées.
Selon l’UNICEF, permettre à toutes les filles d’aller jusqu’au secondaire, puis dans l’enseignement supérieur, pourrait fortement réduire les mariages d’enfants. L’organisation rappelle toutefois que d’autres facteurs, comme la pauvreté ou les normes sociales, influencent aussi ce phénomène
Des risques importants pour la santé
Le mariage d’enfants est fréquemment suivi d’une grossesse, alors que le corps et la santé mentale de l’adolescente ne sont pas toujours prêts.
Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les adolescentes âgées de 15 à 19 ans connaissent environ 21 millions de grossesses chaque année.
Environ la moitié de ces grossesses ne sont pas désirées et elles aboutissent à près de 12 millions de naissances. Ces données concernent l’ensemble des adolescentes, mais les filles mariées sont particulièrement exposées aux grossesses précoces et répétées.
Les mariages d’enfants peuvent également accroître les risques de violences sexuelles et conjugales, de maladies sexuellement transmissibles, d’isolement et de dépendance économique.
Comment lutter contre les mariages forcés et les mariages d’enfants ?
Les 193 États membres des Nations unies se sont engagés à mettre fin au mariage d’enfants d’ici à 2030. Pourtant, selon l’UNICEF, les progrès devraient être près de 20 fois plus rapides pour atteindre cet objectif. Pour y parvenir, une mobilisation à plusieurs niveaux est indispensable.
- garantir l’accès des filles à une éducation de qualité ;
- fixer l’âge minimum du mariage à 18 ans, sans exception ;
- faire appliquer les lois existantes ;
- lutter contre la pauvreté et la dépendance économique ;
- enregistrer toutes les naissances ;
- sensibiliser les familles et les responsables communautaires ;
- proposer des services de santé et de protection accessibles ;
- soutenir les filles déjà mariées ;
- permettre aux filles de participer aux décisions qui concernent leur avenir.
Chaque Journée internationale des droits des filles, célébrée le 11 octobre depuis 2012, rappelle l’urgence de défendre le droit des filles à l’éducation, à la santé, à la protection et au libre choix de leur avenir.
Cette journée a été créée par l’Organisation des Nations unies à la suite de la mobilisation de Plan International.
Découvrez la page de Plan International France consacrée à la Journée internationale des droits des filles
À retenir
Un mariage arrangé est une union proposée ou organisée avec la participation des familles, mais que les futurs époux doivent pouvoir accepter ou refuser librement.
Un mariage forcé est imposé à au moins une personne sans son consentement libre et éclairé, notamment par la pression, la menace ou la violence.
Un mariage d’enfants implique au moins une personne âgée de moins de 18 ans. Parce qu’un enfant ne dispose généralement pas de toutes les conditions nécessaires pour consentir librement à une telle union, le mariage d’enfants constitue une violation de ses droits fondamentaux.
Plan International agit tous les jours pour que chaque fille puisse rester à l’école, disposer librement de son corps et décider elle-même si elle souhaite se marier, à quel moment et avec qui.
FAQ
La différence essentielle réside dans le consentement. Dans un mariage arrangé, les familles peuvent proposer ou présenter un partenaire, mais chaque personne reste libre d’accepter ou de refuser le mariage. En revanche, un mariage forcé est imposé sans consentement libre et éclairé, sous l’effet de pressions, de menaces, de violences ou de chantage.
Oui, un mariage arrangé peut être légal dès lors que les deux futurs époux donnent leur consentement libre et éclairé. L’intervention de la famille dans le choix du partenaire n’est pas interdite en soi. Ce qui est illégal, c’est toute forme de contrainte empêchant une personne de refuser l’union.
Le mariage d’enfants prive souvent les mineurs de leur droit à l’éducation, à la santé, à la protection et au libre choix de leur avenir. Les organisations internationales considèrent qu’une personne de moins de 18 ans ne dispose généralement pas de toutes les conditions nécessaires pour consentir pleinement à une union aussi engageante..
Le mariage d’enfants désigne toute union, officielle ou non, impliquant au moins une personne âgée de moins de 18 ans. Ce seuil est celui retenu par les Nations unies et les principales organisations internationales de protection de l’enfance.
Non. Les garçons peuvent également être concernés. Toutefois, les filles sont de loin les plus touchées à l’échelle mondiale en raison des inégalités entre les sexes, de la pauvreté et des normes sociales qui limitent leur autonomie.
Les deux notions ne sont pas identiques, mais elles se recoupent largement. Le mariage d’enfants est défini par l’âge, tandis que le mariage forcé repose sur l’absence de consentement libre. Les organismes internationaux considèrent cependant que le consentement d’un enfant ne peut généralement pas être pleinement libre et éclairé.
Plusieurs signes peuvent révéler une situation de mariage forcé : impossibilité de refuser le mariage, pressions familiales, menaces, violences, confiscation des papiers d’identité, isolement, contrôle des déplacements ou peur des représailles en cas de refus.
Les deux expressions sont souvent utilisées ensemble, mais « mariage d’enfants » est plus précise. Elle repose sur un critère international clair : au moins une personne a moins de 18 ans. Le terme « mariage précoce » peut être interprété différemment selon les pays et les contextes.