Alors que l’Éthiopie fait face à des épisodes de sécheresses de plus en plus intenses, des millions de personnes souffrent de famine aiguë. Dans ce contexte, le mariage d’enfants devient pour certaines familles une réponse à une situation devenue insoutenable.
Lorsque les récoltes s’amenuisent et que les ressources viennent à manquer, certaines familles cherchant à obtenir une dot et espérant que leurs filles seront prises en charge par des familles plus aisées, font parfois le choix difficile de les marier enfant. C’est ce qui est arrivé à Abena*.
L’histoire d’Abena*, mariée à 13 ans à un homme 2 fois plus âgé
Dans les régions les plus touchées par la sècheresse, la crise pousse de plus en plus d’enfants à abandonner l’école. Pour les filles, les conséquences peuvent être particulièrement lourdes : la perte de leur scolarité s’accompagne souvent d’un risque accru de mutilations génitales féminines (MGF), de mariages précoces et forcés et de violences basées sur le genre portant atteinte à leurs droits fondamentaux.
Orpheline dès son plus jeune âge et confiée à sa grand-mère, Abena* avait seulement 13 ans lorsqu’elle a été mariée à un homme de plus de 2 fois son âge.
« Ma grand-mère n’avait rien pour nous, ni nourriture, ni rien. La seule solution qu’elle avait, c’était de me marier. Au bout d’un mois, mon mari s’est engagé dans l’armée à cause de la sécheresse et m’a abandonnée. »
Mais pour Abena, qui subit une grossesse précoce à la suite de ce mariage, les conséquences sont bien plus durables. « Je me retrouve désormais seule avec ma petite fille. Je ne sais pas du tout s’il ne reviendra ni quand. Je n’ai d’autre choix que de mendier pour trouver de quoi manger. Je suis tellement anxieuse.”
Abena vit aujourd’hui dans un camp de réfugié·es avec d’autres personnes déplacées à cause de la sécheresse
N’ayant aucun autre moyen de subvenir à ses besoins et à ceux de son bébé, Abena a trouvé refuge dans un camp pour personnes déplacées par la sécheresse. « Nous sommes venues dans ce camp de déplacé·es à cause de la sécheresse. Il n’y a rien à manger, pas d’eau. J’essaie de ramasser du bois de chauffage pour le vendre afin d’acheter un peu de nourriture. Je me sens tellement mal parce que je ne peux pas nourrir ma propre fille. »
L’exposition d’un enfant à la sécheresse au cours de ses 2 premières années de vie est particulièrement néfaste pour sa croissance et son développement. En Éthiopie, les taux de malnutrition ont explosé ces dernières années, sous l’effet de la sécheresse et des déplacements de population.
Privée elle-même d’éducation, Abena souhaite aujourd’hui que sa fille puisse aller à l’école et avoir davantage de choix pour son avenir :
« Je ne sais ni lire ni écrire. Je ne veux pas que ma petite fille connaisse le même destin que moi. Je ferai tout ce que je peux pour m’assurer qu’elle reçoive une éducation pour qu’elle puisse avoir une vie meilleure. »
Comment Plan International accompagne les filles touchées par la crise climatique ?
Lorsqu’une catastrophe détruit une école, rend les déplacements impossibles ou prive une famille de ses revenus, les filles risquent d’être obligées d’interrompre leur scolarité. Or, quitter l’école signifie aussi perdre un espace de protection, un réseau de soutien et un accès à l’information sur ses droits et sa santé. L’éducation est l’un des principaux leviers de protection des filles face aux conséquences du changement climatique.
C’est pourquoi Plan International agit pour garantir la continuité de l’éducation, notamment de l’éducation complète à la sexualité, afin de réduire les risques de mariages précoces, de violences et de grossesses non désirées.
Présent en Éthiopie depuis 1974, Plan International intervient dans le camp de déplacé·es où est Abena* à Borana, une zone de la région d’Oromia, afin d’offrir des services de protection aux enfants en situation d’urgence. Plan International accompagne les enfants pour qu’ils puissent reprendre le chemin de l’école grâce notamment à la distribution de kits scolaires ou la mise en place d’espaces adaptés aux enfants où ceux-ci peuvent réapprendre à rire, à jouer et à être eux-mêmes.
Le changement climatique menace-t-il davantage les filles ?
Les crises climatiques accentuent des inégalités déjà existantes, comme le montre le nouveau rapport de Plan International, « Change Her Forecast”. Ainsi, plus d’une fille sur 10 a été exposée au mariage ou à une grossesse précoce à la suite d’une catastrophe climatique.
Lorsque les familles perdent leurs revenus ou sont contraintes de se déplacer, les filles peuvent être particulièrement exposées à la déscolarisation, aux violences et au mariage d’enfants.
Garantir leur accès à l’éducation et aux services de protection, tout en plaçant la lutte contre les violences de genre au cœur de la réponse climatique, est donc essentiel pour préserver leurs droits et leur permettre de choisir leur avenir.
*prénom emprunté pour préserver son identité
